Publié par Pierrot le Chroniqueur

Découvert grâce à l'ami Sebleouf sur un site addictif de microblogging bien connu, un papier, signé Frédéric Kaplan (professeur d'humanités digitales) du quotidien suisse Le Temps, nous parle de Wikipédia. Et plus précisément de la Main invisible qui préside(rait) à son organisation et son amélioration. Petite précision pour celles et ceux pour qui les méandres de l'économie sont un des principaux mystères inconnus de l'humanité : la Main invisible est un concept mis au point par l'économiste Adam Smith (théoricien fondamental du libéralisme) selon lequel, en gros, tous les comportements socio-économiques de chaque personne sont guidés par un intérêt personnel, mais que l'ensemble de ces actions nourrissent l'intérêt général grâce à la direction invisible (ou plutôt imperceptible) qui est ainsi donnée. 

Pour Frédéric Kaplan, c'est le même principe sur Wikipédia. Son observation n'est pas sans fondement, à ceci près qu'on pourrait discuter de la notion ici d'intérêt personnel puisque la participation au projet est bénévole et d'essence altruiste (le partage des savoirs). Mais c'est évidemment un détail : Wikipédia a donc une philosophie libérale. Point. Petit problème, quand même : les valeurs défendues, relève le professeur, sont plutôt "de gauche". Déjà parce qu'il y a une logique communautaire, donc collective (et, c'est bien connu, tous les collectifs sont de gauche depuis le marxisme. D'ailleurs, il n'y a pas un seul footballeur de droite, sauf ceux qui jouent perso). Ensuite parce que le régime de l'encyclopédie est celui de la gratuité (car, c'est bien connu, tous ceux qui ont le portefeuille à droite sont de droite), sans parler du libre. Enfin parce que l'objectif poursuivi est fondamentalement utopique (car les patrons de droite ne rêvent jamais, sauf de leur comptabilité).

Bon, j'ironise, en méchant que je suis (un peu). Il n'empêche que la réflexion, si elle était davantage poussée, pourrait être intéressante. Le problème, une fois de plus, vient de cette volonté extérieure de politiser à tout prix l'objet Wikipédia (je ne développe pas plus avant, je l'ai déjà fait ici, tout récemment) alors que le débat devrait être déplacé sur un autre terrain : celui de l'étude sociologique de la communauté. Ceux qui sont politisés (même à leur insu de gens-qui-ne-s'intéresseraient-jamais-à-la-politique. Tout le monde a des convictions), ce sont les contributeurs. On sait déjà que le Wikipédien moyen est bien plus diplômé (ce qui n'est pas très étonnant, vu la dimension intellectuelle du projet), bien plus jeune (ce qui n'est pas étonnant non plus, cette fois pour des raisons techniques) et bien plus masculin (ça, par contre, je me l'explique beaucoup moins bien. Mais les statistiques sont implacables) que le vulgum pecus. La communauté de Wikipédia n'est donc en aucun cas une photographie représentative de la population dans son ensemble. C'est très probablement vrai sur le plan politique aussi. Prenons un risque : je suis à peu près sûr, mais je ne l'affirmerai pas scientifiquement, qu'elle est en effet bien plus à gauche que la moyenne. Pas parce que Wikipédia serait en elle-même de gauche, non. Mais tout simplement parce que les sondages par catégories montrent que les jeunes et les super diplômés penchent majoritairement de ce côté. Tout simplement. 

Conclusion : gardons-nous des interprétations hâtives, surtout sur un sujet aussi sensible. Wikipédia est un projet d'encyclopédie, donc apolitique. Quant à sa communauté, les explications sont ailleurs. Pour l'essentiel.

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Hégésippe 21/01/2014 20:56

« Quant à sa communauté, les explications sont ailleurs. »

Comme la vérité.