Publié par Pierrot le Chroniqueur

Ami lecteur, vous l'aurez peut-être remarqué, la page de requête en restauration de page (DRP) dispose désormais d'un nouveau guide explicatif censé mettre noir sur blanc les principes de fonctionnement de l'instance. Fonctionnement, j'ai plusieurs fois abordé ce point ces dernières années, qui ne va pas sans certaines polémiques (le plus souvent des plus artificielle). C'est Azurfrog, l'un de principaux protagonistes de cette page, qui est à l'origine de cette tentative pour le moins ambitieuse. Une de plus, ai-je envie de dire, pour formuler des principes ou, hélas, parfois les imposer. Ce n'est pas une première, j'en parlais encore dans un billet récent.

Il n'aura pas fallu beaucoup de temps avant que cette page, portant sur un sujet sensible s'il en est, ne crée de forts clivages entre contributeurs. Le principal point d'échauffement concerne la gestion des désaccords entre administrateurs. À cet égard, Azurfrog remet au goût du jour une ancienne proposition de Gede, dont je parlais dans un récent billet, consistant à établir que dès qu'un désaccord apparaît, et que donc un seul administrateur est favorable à la restauration, celle-ci doit forcément être exécutée, et ce même en présence d'une précédente décision communautaire (PàS). Il s'agissait donc tout simplement de mettre fin au principe du consensus qui existe de longue date sur DRP ... Un unique administrateur pourrait ainsi décider d'une restauration, même face à de fortes oppositions contre lui. Certains ont défendu cette proposition, pourtant peu respectueuse de l'obligation de consensus qui préside à toute action (c'est un principe important sur Wikipédia), au motif — à mon sens peu convaincant — que les obligations d'argumenter, de débattre et de discussions demeuraient présentes. Cela dit, comme relevé justement dans les échanges, dès qu'un administrateur se sera déclaré favorable à la restauration, toute discussion deviendra alors inutile, le sort de la requête étant irrévocablement scellé. Oubliez alors les débats contradictoires, les demandes de sources ou autres discussions étant pourtant l'essence même, et depuis longtemps, de DRP.

Il était alors prévisible que cette proposition ne fasse pas consensus. La précédente  et identique proposition de Gede avait d'ailleurs déjà été rejetée. Un autre intervenant régulier de DRP, Guillaume70, a alors mitonné une contre-proposition plutôt qu'un refus pur et simple (qui pouvait se concevoir) : en cas de désaccord, la restauration, propose-t-il, ne pourrait avoir possiblement lieu que s'il n'y a consensus dans aucun des deux sens, et après une discussion impérative. Cette suggestion est finalement approuvée à l'unanimité. Malgré tout, on peut quand même regretter la disparition de cette nécessité d'obtenir un consensus pour restaurer. Surtout dans quelques cas très particuliers. Par exemple lorsqu'une précédente décision communautaire a été prise en PàS : la suppression nécessitant (généralement) un consensus, il paraissait logique que, par parallélisme des formes, l'action inverse de restauration implique ce même consensus. Heureusement, la communauté a toutefois échappé au pire, c'est-à-dire à la proposition initiale, qui aurait validé une pratique peu consensuelle (et largement désapprouvée) de restauration unilatérale, qui s'était occasionnellement exercée dans le passé, causant d'ailleurs moults conflits et contestations. À titre d'exemple de ce qu'une restauration non consensuelle peut donner, je vous rappelle le débat autour de Diablox9, qui laissait tellement peu de place au doute que la PàS a du être interrompue douze heures après son lancement ...

Un autre sujet récurrent a été soulevé lors de cette discussion : quelle est la place des péons sur DRP ? Ici, la nouvelle page d'aide semble instaurer un "entre-deux". Car si, d'un coté, le droit d'exprimer leur avis est reconnu, il en est conclu, de l'autre, que ce dernier ne peut avoir le poids de ceux des administrateurs (qui restent maîtres de la décision). À ce titre, je ne peux que me réjouir : les dispositions prises rappellent les préconisations que je développais ici-même il y a deux ans, à savoir que les interventions des péons expérimentés sont les bienvenues en DRP et doivent être prises en considération, dans leur contenu (surtout s'il est pertinent), par les administrateurs. Sans pour autant avoir force d'avis : une DRP est une requête aux administrateurs, ce sont eux qui décident en dernier ressort. À ce sujet, je ne m'appesantirai pas plus longtemps que nécessaire sur la kafkaïenne proposition de Ludo29 qui, apparemment indigné que les seuls administrateurs puissent clore des requêtes (c'est sans doute une nouveauté intolérable), a proposé de laisser le pouvoir de clore à toutes et tous. Menu problème qui se pose alors : comment fait-on quand la requête nécessite de réaliser une tâche technique, bien que conclue par un péon ? Conscient de cette petite difficulté matérielle, Ludo29 propose de demander une deuxième fois la restauration ailleurs, en RA sans doute. Simple comme bonjour et bien évidemment si peu bureaucratique ... Un bon résultat final à peine parasité, heureusement, par les échanges extrêmement agressifs entre Ludo29 et SM (mais pour eux, s'envoyer des gnons semble être un mode de communication usuel et mutuellement apprécié, qu'ils exportent volontiers vers autrui, qui plus est ...).

Pour le reste de mes avis sur le fonctionnement de DRP, et en conclusion, je vous renvoie, ami lecteur, à ce billet, mes opinions en la matière n'ayant pas fondamentalement changé.

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JCB 01/03/2014 00:07

Mais, si j'ai bien compris, il n'était pas question du tout - en cas de désaccord entre admins - de restaurer l'article, mais de le faire passer en PàS. Bref, de laisser la communauté décider.

Dès lors, pourquoi dire "le sort de la requête étant irrévocablement scellé. Oubliez alors les débats contradictoires, les demandes de sources ou autres discussions", puisque le sort de l'article n'est nullement scellé, et les débats et demandes de sources auront lieu en PàS ?

Pierrot le Chroniqueur 02/03/2014 08:20

Tu poses la question à l’envers. Celle qu’il faut se poser, c’est : est-ce beaucoup de pouvoir que de faire fi, seul, d’une précédente PàS, parfois à court terme ? Assurément, la réponse est oui …

Ne pas restaurer, en revanche, n’est pas un pouvoir éditorial. C’est seulement la concrétisation du fonctionnement de n’importe quelle requête : quand il n’y a pas de consensus pour l’exécuter, elle n’est pas exécutée. Il n’y a que sur DRP que certains y voient un motif à s’étonner. Personne ne dit rien sur ce fonctionnement pour d’autres pages de requête où les interférences éditoriales sont parfois bien plus marquées. Il est normal de réclamer un minimum de choses (ici, des nouvelles sources) pour savoir si la requête devrait être exécutée.

Je ne partage donc pas ta conclusion très tranchée. ;)

JCB 01/03/2014 11:55

Mais le pouvoir de demander à la communauté de trancher est-il "beaucoup de pouvoir" ?

A l'inverse, le pouvoir, en l'absence de consensus (et il suffit également d'un seul administrateur, sur un coup de tête aussi), de ne pas restaurer et de ne pas faire apparaitre un article dans WP, n'est-il pas là un véritable pouvoir éditorial ?

Le pouvoir de na pas restaurer un article, et sans consulter la communauté, est plus exorbitant que le pouvoir de demander à la communauté de trancher.

Pierrot le Chroniqueur 01/03/2014 09:27

Parce qu'il n'est pas normal de relancer une nouvelle PàS dès qu'un administrateur en a envie (c'est ce qui se serait passé si cette proposition avait été retenue). D'ailleurs, il est assez paradoxal de critiquer le supposé pouvoir éditorial des administrateurs en DRP tout en faisant une telle suggestion qui donne beaucoup de pouvoir à un seul administrateur, mais seulement à un administrateur. ;)

C'est sur la requête en DRP, depuis longtemps, que se situe le débat pour éviter qu'un administrateur ne puisse restaurer sur un coup de tête. La production de sources est nécessaire car elle cantonne l'administrateur à un rôle technique en lui demandant d'accepter le requête seulement quand il y a un minimum de biscuit.

SM 27/02/2014 14:38

T'exagères ! Je n'ai pas été extrêmement agressif, juste très ironique devant une proposition complètement délirante. C'est pas pareil.

Pierrot le Chroniqueur 27/02/2014 16:44

C'est une ironie très mordante.