Publié par Celette

Si je prends la plume une seconde fois sur ce blog, avec l’aimable accord de Pierrot, c’est avant tout pour faire un état des lieux sur l’importance de la pérennité des sources sur WikipédiaIl y a quelques semaines, un utilisateur se demandait sur le Bistro ce qu’il fallait faire lorsque les liens web utilisés pour sourcer les articles disparaissaient, expiraient, se volatilisaient à la suite d’une réorganisation d’archives numériques, d’un changement d’URL ou, plus brutal, de la fermeture du site utilisé comme référence.

J’ai personnellement été assez tôt confrontée à ce genre de problème, étant habituée à voir des liens devenir obsolètes et donc à regarder, impuissante, le référençage d’un article s’effondrer. S’il est acquis que ce problème ne se pose pas pour les articles « de niche » et/ou à dominante universitaire (histoire par exemple), où la vasteté du sujet implique de recourir davantage à des ouvrages papiers (toujours consultables dans les bibliothèques publiques), le problème se fait beaucoup plus criant pour des articles dans les deux sens du terme plus « populaires » (politique, TV-réalité, Pokémon, etc.), où l’immédiateté de l’information incite à recourir aux liens web disponibles à l’instant (par exemple pour la nomination d’une personnalité politique à un poste, ou bien pour la présence de telle starlette dans le prochain show de TF1).

J’ai bien compris que tout le monde n’avait ni le temps, ni l’envie, ni les moyens, de consulter la presse écrite quotidiennement, et il est clair qu’il est souvent beaucoup plus pratique de lire des articles condensés sur le site d’un grand quotidien plutôt que de faire la démarche d’aller chez son libraire dépenser deux euros pour un bout de papier qu’on aura jeté quelques heures après. Mais aux contributeurs qui ont cette possibilité, lorsque vous contribuez à ce genre d’article « populaires », essayez de préférer un modèle de sourçage qui permette, même si le lien web disparaît, de garder la source intacte et donc de rendre pérenne l’information initialement sourcée.

Par exemple :

  1. <ref> Jean Dupond, [www.lemonde.fr/mme-x-nommee-ministre « Mme X est nommée ministre en charge de Wikipédia »], lemonde.fr, 16 juillet 2014.</ref>
  2. <ref> Jean Dupond, [www.lemonde.fr/mme-x-nommee-ministre « Mme X est nommée ministre en charge de Wikipédia »], Le Monde, 16 juillet 2014, page 4.</ref>

Dans le second cas, même si l’encart permettant de se rendre sur le site du Monde sera supprimé, la ligne en elle-même restera, puisqu’on aura toujours le jour de publication et la page. Il sera toujours possible de vérifier l’information dans une bibliothèque conservant les quotidiens alors que, dans le premier cas, le lien sera tout bonnement supprimé. Même si ça demande un peu de place, personnellement, je conserve presque tous les articles de presse papier qui me servent à écrire des articles, au cas où j’aurais besoin d’aller vérifier un jour. Par ailleurs, et je trouve l’initiative excellente, indiquer en sous-page utilisateur les ouvrages que l’on possède afin de demander à X ou Y s’il peut aller vérifier telle ou telle information (plutôt qu’avoir à soi-même acheter le livre — quand celui-ci n’est pas tout bonnement plus disponible à la vente —) devrait être une pratique davantage mise en avant pour les contributeurs qui l'ignoreraient encore.

Comme vous l’aurez compris, je ne suis nullement réfractaire aux sources web, mais je pense qu’il est nécessaire, lorsque cela est possible, de la coupler à une source papier. Pour paraphraser le célèbre adage, « les liens web s’envolent, les écrits restent ». J’en profite pour noter, même s’il s’agit d’un autre débat, que je ne crois pas qu’on aille vers une disparition de la presse papier, comme se plaisent à l’envisager certains acteurs du livre numérique. Rappelons que lorsque la télévision apparut dans les foyers, quelques faux Cassandre avaient prédit que la radio n’aurait dès lors plus d’utilité. 60 ans après, on voit le résultat.

J’en viens maintenant à un second point : l’apparence dans la législation d’un droit à l’oubli. Rappelons brièvement ce qu’il en est : la Cour de justice de l’Union européenne a récemment obligé Google a évaluer les demandes de particuliers qui souhaiteraient voir dé-référencer certaines pages Web leur causant du tort. Dans la majorité des cas, cela concernera des personnes n’ayant aucune notoriété, ce qui n’aura donc pas d’incidence sur Wikipédia : par exemple, M. X qui aura été mêlé à un fait divers lors de ses quinze ans, et qui se rend compte que l’article de presse régionale le mentionnant, bien référencé par Google, le dessert beaucoup alors, qu’après ses brillantes études, il se voit dévisagé lors de ses entretiens d’embauche, quand le DRH lui rappelle ses frasques d’adolescents. Précisons également qu’un dé-référencement ne fait pas disparaître ladite page web, mais qu’elle sombre dans les limbes du web.

Non, ce qui nous intéresse a plutôt trait aux « célébrités ». Si dans certains cas, cela est justifié (condamnation en justice que l’on n’a plus le droit de mentionner), il apparaîtra nécessaire que le lien web disparaisse et que cela ne soit plus mentionné sur Wikipédia. Mais si cela a trait aux caprices de stars (date de naissance d’une quinquagénaire qui voudra en paraître quarante et qui a honte d’être née dix ans plus tôt), même si le lien web disparaît, le papier, lui existera toujours, et cela, on ne pourra pas l’effacer.

Plus alarmant enfin est ce que notait David Drummond, vice-président de Google en charge des affaires juridiques, qui exposait ce week-end dans Le Figaro : « Nous avons reçu des demandes d’arbitrage qui illustrent bien les prises de position auxquelles les moteurs de recherche sont confrontés : d’anciens dirigeants politiques qui souhaitent faire retirer des articles critiquant leur gestion lorsqu’ils étaient en poste, de mauvaises critiques à l’encontre de professionnels tels que les hôteliers ou des architectes ». Son premier exemple m’a tout bonnement indigné. Certes, il ne précise pas qu’il a suivi d’effet ce genre de demande, mais il est tout bonnement inacceptable que Wikipédia se plie aux souhaits d’un ancien président ou ministre, qui voudra (du moins sur le web), laisser une bonne trace de son mandat alors que des critiques aurons été émises.

La solution ? Plutôt qu’attendre que ces pages web disparaissent parce que le groupe de presse qui les aura édité aura fait faillite, ou que Google les dé-référence, essayez, dans la mesure du possible, de privilégier un média qui lui survivra quoi qu’il arrive, à savoir le papier. Le plus triste dans tout cela, c’est que les dites sources numériques sont parfois de bonne qualité. J’en veux pour preuve l’empressement de certains utilisateurs à sourcer la biographie d’un nouveau ministre ou secrétaire d’État après un remaniement, à partir du site du gouvernement ou de celui du ministère. Cela alors que si ce ministre n’est pas reconduit dans le prochain cabinet, ladite page pointera dans les minutes qui suivent vers « 404 error – cette page n’existe plus ou a été déplacée ». Oui, ça prend quelques minutes de plus de coupler votre source à un lien papier, mais c’est préférable au fait de se voir révoquer par une IP, par exemple le conseiller en communication d’un ancien ministre, qui indiquera sournoisement en commentaire de diff « cette critique n’a plus raison d’être, le lien web que vous pointez n’existe pas ».

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Celette 18/07/2014 18:23

Merci surtout à toi Pierrot de me laisser pousser ce petit coup de gueule, qui me trottait dans la tête depuis quelques semaines.

J'en profite pour ajouter que je recours parfois moi-même malheureusement aux liens web, n'étant pas abonnée à toute la presse écrite. Mais pour les articles ayant trait à l'actualité, on devrait, je pense, sans problème, trouver parmi les dizaines de contributeurs réguliers à ces pages, au moins une personne qui a Le Monde, Le Figaro, Libération, L'Express ou Le Point sous la main (pour ne citer qu'eux).

Celette 20/07/2014 15:02

Je suis tout à fait d'accord avec vous HC. Il y a des contenus web de grande qualité, qu'on ne trouvera pas sur le papier. Là, il n'y a pas de solution de remplacement, mais ces analyses poussées ont moins de chance de disparaître du jour au lendemain.

Par ailleurs, les dépêches AFP ne seront pas reproduites comme "flash" dans la presse écrite. Mais par exemple, prenons la nomination d'un ministre : il sera préférable d'utiliser un article de presse papier le lendemain de la nomination, qui retranscrira sans doute la biographie du personnage, qu'une dépêche AFP assez aride, de quelques lignes (on peut aussi mettre les 2).

Hégésippe 20/07/2014 11:52

À propos du Monde (notamment), il faut avoir conscience de plusieurs choses.

Certains contenus ne figureront jamais dans le quotidien papier, principalement des dépêches d'agence, ou des articles remaniés à partir d'une ou plusieurs dépêches d'agence.

D'autre part, il arrive que des interviews « fleuves » ne soient disponibles que sur le site web. Je pense entre autres à un entretien accordé par [[Lesya Orobets]] (les crochets sont voulus...) à Benoît Vitkine, envoyé spécial à Kiev, et publié sur Lemonde.fr le 2 février 2014, mais jamais apparu dans le quotidien papier : http://www.lemonde.fr/europe/article/2014/02/02/lesya-orobets-la-situation-de-ianoukovitch-est-tres-fragile-au-parlement_4358536_3214.html

Sans parler des contenus très spéciaux ou interactifs, comme les articles souvent très intéressants des Décodeurs (je pense au démontage en règle des arguments sarkozystes après la garde à vue de l'ex-président et la montée au créneau de ses fidèles puis de l'intéressé lui-même).

Pour autant, à la différence de nombreux articles publiés dans la quotidien papier, qui ont une fâcheuse tendance à ne plus être accessibles sans casser sa tirelire, nombre de ces contenus hors norme resteront librement accessibles.

Mais il est certain que tant que l'on peut fournir une double référencement (auteur, pagination et titre utilisé dans l'édition imprimée, date de l'édition avec le jour, différents de la date de publication sur le site web d'un côté ; références et url sur le monde.fr, de l'autre, ce sera mieux). Le modèle {{article}} permet tout cela, et si les paramètres ne suffisent pas, il y a le modèle {{commentaire biblio}} pour ajouter une précision « qui ne rentre pas dans les cases ».

Pierrot le Chroniqueur 18/07/2014 11:58

Merci beaucoup, Celette, pour ce nouveau billet très intéressant ! Il est vrai que la pérennité des sources web est un problème qui se pose de plus en plus au fur et à mesure que le temps avance. De plus en plus de liens deviennent obsolètes pour une raison ou une autre. Ta suggestion de coupler, dès que c'est possible, une source papier à un lien (c'est largement faisable pour une source de presse) me semble en tout cas pertinente. Préciser au maximum une source, ça ne fait jamais de mal de toute façon. La source papier seule, en revanche, pose aussi quelques problèmes d'accessibilité et de vérifiabilité, d'où l'importance, en effet, de coupler.