Publié par Pierrot le Chroniqueur

Le petit monde des Wikipédiens est en ébullition. Et je dirais même, très en colère. La cause de ce courroux : le blog Passeur de sciences, de Pierre Barthélémy, un journaliste du quotidien dit de référence en France, Le Monde

Pierre Barthélémy a eu une idée géniale et innovante : vandaliser sournoisement Wikipédia pour tester la capacité de résilience du projet. Qu'est-ce que c'est original, mes amis, j'en tombe de l'armoire. Le vandalisme est très bien trouvé : créer l'article Léophanès avec des éléments factuels et vrais, puis revenir plus tard pour y saupoudrer du faux. La supercherie a été découverte au bout d'un bon mois — sur initiative ou non de l'intéressé, on ne sait pas très bien mais, dans le fond, peu importe — et Pierre Barthélémy a publié son retour d'expérience sur son blog.

Résultat : colère sur le Bistro, échange de tweets d'insultes, et embrasement généralisé des Wikipédiens qui hurlent au scandale (lequel ?), à la faute déontologique (sans la démontrer), à la fin de la Civilisation occidentale, et envisagent même — défense de rire — de porter plainte contre Le Monde (comme Ash Crow sur IRC). Comme d'habitude, "eux contre nous", comme l'a résumé Lgd une IP intervenant sur le Bistro.

On fait mine de savoir que tout cela (la difficulté de détecter les vandalisme sournois et autres canulars), on le sait déjà (sans rien faire pour remédier au problème). On fait mine, surtout, de ne pas connaître des véritables implications de ce genre d'expérience. À savoir la confirmation que Wikipédia n'est pas une encyclopédie (mais un simple média parmi d'autres, à vocation désormais politique et libriste) et ne le sera probablement jamais — d'ailleurs, l'intervention de Vatekor sur le BA, qui voit dans Le Monde un "professionnel potentiellement concurrent", a le mérite de la franchise et de la lucidité — ; la confirmation que les contributeurs actifs — par ailleurs en chute libre depuis quelques mois — n'ont toujours pas le niveau de spécialisation requis parce que les universitaires, quoiqu'en dise Wikimédia France, ne contribueront jamais à Wikipédia (sauf rarissimes exceptions qui, d'ailleurs, se tarissent) ; la confirmation que la "communauté" wikipédienne se voit plus que jamais comme une citadelle imprenable, et que l'enfer c'est les autres, surtout les vils médias mainstream qui nous détestent mais qu'on veut bien reprendre pour sourcer. Etc. Je pourrais disserter sur toutes ces thématiques mais, en fait, c'est justement ce qu'a fait ce blog pendant sept ans, prêchant le plus souvent dans le désert d'ailleurs. Inutile, donc, d'y revenir. Et inutile, aussi, d'espérer le moindre sursaut d'un astre qui se meurt. La réflexion ne se fera probablement jamais.

Plutôt que de réfléchir à tout cela, donc, les Wikipédiens se disent qu'il faudrait faire du barouf avec cette "affaire". Car, dans leur fol espoir, ils pensent probable qu'on leur donnera raison contre Le Monde, qu'ils ont de toute façon raison, et qu'on les acclamera comme ils le méritent. Et d'espérer même que les autres médias surfent sur cette hypothèse et clouent Le Monde au pilori. Tant de naïveté m'arracherait presque une larme.

Hé bien, Tonton Pierrot l'a constaté, la stratégie est, pourtant, déjà couronnée de succès. Olivier Berruyer — en guerre ad nauseam contre Le Monde depuis des jours parce que le fameux Decodex a expliqué que son blog n'est pas fiable et complotiste, mais ça n'a bien sûr aucun rapport —, un auteur assez largement considéré comme "complotiste" et peu sérieux (et même Wikipédia le dit), s'est fendu d'un long billet décousu de soutien à la cause wikipédienne. Et à Rémi Mathis, le "boss de Wikipédia France", sollicité au passage pour que la belle page Wikipédia d'Olivier Berruyer soit un petit peu moins critique. J'imagine que ça, c'est déontologique, pas comme ce que fait le vilain Pierre Barthélémy. Le billet a, bien sûr, été immédiatement relayé sur les réseaux sociaux par tous ses soutiens habituels. À savoir les identitaires, les marinistes, et surtout les militants de l'UPR de François Asselineau.

Les Asselineau boys au secours de Wikipédia maltraitée... Savoureux retournement de l'Histoire, n'est-ce pas ? Mais après tout, on a les soutiens qu'on mérite. Moi, c'est ce que j'appelle la Trumpisation de Wikipédia. "Faits alternatifs" inclus. Mais peu me chaut : depuis le temps, j'ai passé le cap et ne m'émeus plus de la post-vérité.

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Angelilie 13/04/2017 22:30

beau blog. un plaisir de venir flâner sur vos pages. une découverte et un enchantement.N'hésitez pas à venir visiter mon blog. au plaisir

compilateur17200 05/03/2017 16:10

Bonjour

Comme d'habitude, toute cette effervescence pose plus simplement la question de la place de wikipédia : place de wp pour les contributeurs, place de wp pour les journalistes, place de wp pour les politiques, place de wp au sein de la cité...

Tant que cette dimension n'aura pas été prise en compte, je ne pense pas que quelque chose d'intéressant sortira de ce ènième canular du genre.

"un astre qui se meurt", wp? C'est vrai et faux à la fois : c'est vrai parce qu'il y a de moins en moins de contributions apportant du fond aux articles, c'est vrai parce que beaucoup de choses sont figées dans les relations entre contributeurs; c'est faux parce que le site est toujours aussi visité, parce le rythme de création de nouveaux articles se maintient...

Le noeud du problème, c'est que nous ne nous plaçons pas dans le domaine de la raison, mais dans celui de la religion : dans toute religion, il y a les fidèles (qui "croient parce que c'est absurde", selon le credo), les desservants du culte (qui croient parce que cela leur donne une place), et la hiérarchie (qui croient parce que cela les fait vivre).

Ici, les fidèles sont les contributeurs, les desservants sont les notables de wp (admins, contributeurs en vue...), la hiérarchie désigne Ash Crow et Wikimédia France.

Amicalement

Sismarinho 26/02/2017 16:53

Sinon plus sérieusement :

1) "vandaliser sournoisement Wikipédia pour tester la capacité de résilience du projet. Qu'est-ce que c'est original, mes amis, j'en tombe de l'armoire. Le vandalisme est très bien trouvé : créer l'article Léophanès avec des éléments factuels et vrais, puis revenir plus tard pour y saupoudrer du faux." A la place de ce journaliste, j'aurai été à la pêche dans les sites de Fake News à la recherche d'une Fake qui semble REAL.

2) "Résultat : colère sur le Bistro, échange de tweets d'insultes, et embrasement généralisé des Wikipédiens qui hurlent au scandale (lequel ?), à la faute déontologique (sans la démontrer), à la fin de la Civilisation occidentale, et envisagent même — défense de rire — de porter plainte contre Le Monde (comme Ash Crow sur IRC). Comme d'habitude, "eux contre nous", comme l'a résumé Lgd une IP intervenant sur le Bistro." A cela je répond que tous les wikipédiens n'ont pas la même sensibilité et n'ont pas reçu la même éducation. Moi je suis agressif par exemple. De plus sur internet on a l'insulte facile.

Et je n'ai pas envie de commenter la suite. Ferme ton blog SM :-)

Sisismarinho 26/02/2017 11:14

Moi trop gogol pour lire. Moi pas savoir lire. Moi dire TA GUEULE (trop mal tête).

unlimited satellite internet 25/02/2017 04:42

I’m definitely coming again to see these articles and blogs.

Pic-Sou 13/02/2017 19:25

Tu fais erreur en ne voyant dans l’agitation wikipédienne que des attaques irréfléchie parce qu’on aurait touché à notre jouet. Si tu lis certains commentaires sur l’article du monde, ou encore sur le twitter d’Alexander Doria, d’autres critiques, plus subtiles, se détachent, notamment sur la méthode scientifique. C’est super de vouloir étudier la résilience de Wikipédia, et pourquoi pas à l’insu de ses contributeurs, mais le minimum est de le faire sérieusement. Donc de ne pas enfoncer de portes ouvertes, et si possible de faire des comparatifs — Wikipédia a échoué le test, mais aurait-il été passé par d’autres médias, encyclopédies et revues ? Il faut aussi choisir la méthode en fonction de ce que l’on veut montrer : le journaliste s’intéresse au problème des « fake news », mais va s’attaquer à un point obscur, nul doute que le résultat eut été différent si la modification avait porté sur un attentat fantôme ou un chiffre bidon mis sous les projecteurs — on est là bien loin de l’affaire Sokal. Et enfin, voir à quel point ce qui est dénoncé est significatif : le journaliste altère ce qu’il cherche à observer avec son expérience, mais ne cherche même pas à quantifier l’altération.

Après, je n’ai aucun doute sur le fait que Wikipédia manque cruellement d’universitaires, même si je ne me risquerai pas à blâmer qui que ce soit de la situation. Mais tu reproches à la communauté de ne rien proposer pour résoudre le problème, as-tu des solutions à fournir maintenant ? En avais-tu formulé lorsque tu étais encore membre de la communauté ? ;-)