Publié par Pierrot le Chroniqueur

La lecture attentive du Bulletin des Administrateurs (qui me rappelle toujours un organe officiel, sans toutefois être aussi formaté, reconnaissons-le) révèle parfois des choses intéressantes, du moins pour un "non-pratiquant".

Aujourd'hui, c'est un appel à l'aide (hum) d'un contributeur non administrateur qui a attiré mon attention. Précision peut-être nécessaire : le BA (c'est son petit nom) est ouvert aux non-administrateurs. Pourquoi pas ? Mais à l'origine, il est construit pour que les administrateurs puissent débattre de problèmes administratoriaux entre eux. Mais la mauvaise habitude des administrateurs, d'une part, de ne pas trop regarder les requêtes aux administrateurs et d'autre part la mauvaise habitude de ne pas respecter les règles qu'ils ont édictées eux-même des Wikipédiens ont conduit à cette tolérance. Utile parfois, mais bien souvent, complètement cosmétique. Passons, j'en ai parlé et serai amené à en parler à nouveau. Fermons la digression.

Donc revenons en au sujet. Le contributeur Horowitz vient se plaindre du comportement du contributeur Jaczewski sur le BA, car ce dernier serait en guerre d'édition (crime capital sur Wikipédia, enfin cela dépend qui est mis en cause : on y reviendra certainement) avec d'autres contributeurs sur des articles. Le problème "brut" de l'histoire est que Jaczewski a été condamné par le Comité d'arbitrage pour un tel comportement. Voilà les faits au premier abord. S'ensuit un blocage immédiat  d'un moins par un tout jeune administrateur, Stef48, qui fait un usage intensif de son balai (le baton de maréchal administratorial) depuis son obtention. Et pas vraiment toujours de manière heureuse. Stef48 l'indique sur le BA en réponse à Horowitz. Et là, premier commentaire cinglant du pseudonymé Apollon :
Note pour plus tard : pour faire bloquer son contradicteur du moment, être le premier à présenter les vieilles casseroles de celui-ci. Bien pratique. Apollon (d) 9 mai 2008 à 15:05 (CEST)
... et tout à fait exact. Cela est la pratique retenue en général dans un arbitrage wikipédien (et on y reviendra aussi (je sais, ça fait beaucoup de retours à prévoir)). Je passe la suite de la conversation (dans laquelle ce blocage sévère est contesté puis annulé) jusqu'à l'intervention de la contributrice Moumine. Moumine est une arbitre, qui, en général ne semble pas vraiment un parangon de violence et d'agressivité. Et son intervention soulève (naïvement, je pense) un point clé de la mentalité wikipédienne, en flagrante contradiction avec le principe de collaboration et de non agressivité, tant vantés mais si peu appliqués. Voici la phrase-scoop :
Pousser un wikipédien à la faute est une tactique qui n'est pas interdite, mais elle doit être prise en compte lors de la décision concernant les sanctions.

En voilà une révélation intéressante. D'une part parce qu'elle est rentrée dans les moeurs et qu'elle assimile certaines pratiques wikipédiennes à des pratiques tactiques et donc guerrières (d'où mon titre), et d'autre part, parce que la seconde partie de la phrase est un voeu pieu. Donc, la pratique wikipédienne est tactique. Quelques éléments donnent raison bien évidemment à l'appréciation de Moumine, et j'en ai déjà parlé (ici par exemple) et je serai amené ... oui je sais. Mais le principe de pousser l'ennemi à la faute n'est guère en accord avec le fameux wikilove, et plus prosaïquement avec les principes fondateurs de notre encyclopédie bien-aimée. En fait, tout particulièrement le quatrième de la page, traitant du savoir-vivre. Quelques méthodes usitées (je ne nommerai pas les spécialistes de la chose), en solo ou en groupe :
  • guerres d'éditions.
  • utilisation de faux-nez (risqué, très risqué) et hommes de paille (beaucoup plus simple).
  • création de pages, avec divers degrés de création : expression d'un point de vue particulier sur un sujet, appui d'une conception particulière de l'encyclopédie, etc.
  • suppression de pages (plus difficile, de facto).
  • lancement de prises de décision (ouille) bien orientées.
  • arbitrages de type harcèlement (on reconnait les spécialistes au nombre d'arbitrages lancés, souvent pour des raisons similaires).
  • prise à témoins, sur le BA ou le Bistro.
  • menaces plus ou moins évidentes.
  • interventions a posteriori en supprimant/ajoutant les passages ajoutés par l'adversaire.
  • etc.
Je pense qu'un ouvrage pourrait y être consacré. Je m'y attaquerai peut-être un jour, sous un titre du genre : les mille et une recettes de Pierrot pour pourrir votre adversaire sur Wikipédia ou l'Art de la Guéguerre. Encore faudrait-il que j'aie une bonne plume, et que je progresse en vice. Mais je pense savoir où sont les bons professeurs.

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Moumine 11/05/2008 15:46

Bonjour Pierrot,

N'est-il pas exact que "pousser à la faute" n'est pas sanctionné ? C'est toujours celui qui faute objectivement qui est sanctionné. Les insultes sont un très bon exemple : on provoque, on provoque, on provoque, impunément, jusqu'à ce que l'autre lâche un mot répertorié dans le dico des gros mots, et hop, se prenne 3 jours de blocage. S'il proteste, la réponse invariable est : je sais pas, je juge pas du fond, mais tu as dit une insulte. Après, parait-il que certaines insultes ne sont pas sanctionnées, mais c'est un autre problème :)

Pierrot le Chroniqueur 11/05/2008 16:24



Tout à fait exact ! Mais certaines personnes excellent dans l'art de l'insulte un peu plus subtile que celles répertoriées. Un chapitre dans mon futur livre virtuel peut-être.