Publié par Pierrot le Chroniqueur



Bien que cela commence à faire un peu long (au grand désespoir de certains de mes lecteurs), je continue ici à traiter de la thématique des sources sur Wikipédia, après deux parties de fort bonne tenue, je trouve. En toute modestie.

De la validation des sources
Nous avons donc pu voir que non seulement toutes les sources ne sont pas valables en tant que telles (distinction entre sources primaires et secondaires), mais qu'en plus aucune fiche ne peut être déclaré admissible sous prétexte qu'une source peut exister32. Deux choses qui ne semblent pas, pourtant, si évidentes que ça pour la communauté wikipedienne (je n'ai pas mis d'accent de manière volontaire, le problème se répétant aussi sur les autres versions du projet d'encyclopédie en ligne). Cependant, même si ces notions étaient déjà systématiquement appliquées, il reste le triptyque évoqué plus haut (à savoir : pertinence, réalité et hiérarchisation) à vérifier, et cela peut poser quelques problèmes. Venons-y.

La pertinence d'une source est, en fait et dans un premier temps, une réponse à une question simple : dois-je présenter un appui à mes dires sur cette partie ? De manière générale, la réponse serait assez complexe, puisqu'elle dépendrait des connaissances supposées du lecteur ainsi que du support (et donc des attentes dudit lecteur). Sur Wikipédia (et de manière générale, sur les Wikipedia), elle est grandement simplifiée du fait des liens (hypertextes, en l'occurrence) qui peuvent être fait entre les pages multiples, permettant de renvoyer à une page plus complète (et donc avec des sources ad hoc) sur une notion abordée33. Par exemple, la notion de moine dans un article sur les Templiers, ou une présentation de la Lune dans un article sur la NASA. Deuxième question, tout aussi ... simple que la première, d'ailleurs : est-ce que la source que je propose est a priori en rapport avec la notion présentée ? Autrement dit, un titre ou une provenance ne font pas tout : pas la peine d'utiliser un article de la Vie du rail34 pour appuyer un article sur le TGV si l'article en question traite des locomotives à vapeur d'avant 1900. Et le tri serait fait, assez simplement, entre le superflu et le reste. En tout cas dans un premier temps.

Point moins regardé, et c'est bien dommage, la réalité de la source. Autrement dit : cette source existe-t-elle réellement ? On peut postuler que le Wikipédien sérieux va vérifier que la source présentée ait une réalité avant de la proposer. C'est, de manière générale, possible ... si l'on se situe dans certaines thématiques, et que l'on arrive à utiliser certains moteurs de recherche plus ou moins spécifique (base de données professionnelles, par exemple). Mais les accès peuvent être restreints pour des raisons pécuniaires, ou autres. N'oublions pas que l'on recherche des sources secondaires, de manière privilégiée (voire quasi-exclusive). L'accès à une source, à partir du moment où il est restreint donc, peut poser un souci d'honnêteté vis-à-vis du lecteur. En effet, il faut que la référence citée ait une existence réelle (ça, ça reste bien souvent vérifiable par l'immense majorité des gens et par des moyens divers et variés) d'une part, et qu'elle présente, d'autre part, un contenu qui soit réellement et indéniablement un appui à l'élément de texte référencé. La personne écrivant sérieusement un article ne se prévaudra pas d'une source fictive donc pour introduire un élément dans un article.

Hélas, on ne peut pas dire que cela soit le cas de manière systématique. Pourquoi ? Plusieurs raisons existent. La première, et non la moindre, est l'intelligibilité de la source : langue(s), termes techniques ou propres à une discipline35, clarté du discours présenté, etc. Il est donc souvent aisé de faire un contre-sens, ce que l'emploi de sources secondaires peut (mais pas obligatoirement) écarter. Une deuxième, plus inquiétante car courante, est que les utilisateurs peuvent être convaincus de l'intérêt de tel ou tel document ... qui, visé par un (bon) connaisseur du domaine (à défaut d'un spécialiste36) sera écarté quasiment d'office pour de bonnes raisons. Une troisième, et j'arrêterai mon énumération ici, est l'introduction volontaire d'une source inappropriée37 pour des raisons diverses et variées. Cette façon de procéder relève, à mon avis, du vandalisme volontaire pur et simple au sens de Wikipédia. S'il fut un temps (les débuts du projet d'encyclopédie, à vrai dire) où le problème se posait moins, les exigences de sources étant moins ... présentes, ce n'est plus le cas. Plusieurs exemples me viennent à l'esprit, mais je ne vais en indiquer concrètement aucun38. Il s'agit dans ces cas soit de produire une surabondance de documents anecdotiques ou provenant de sources douteuses pour le sujet abordé (en général, marquée idéologiquement), ou de se poser en connaisseur car profitant d'un accès privilégié pour proposer tel ou tel document. Dans tous ces cas, quand ils sont avérés, les Wikipédiens ne semblent pas avoir pris pour le moment la mesure du problème. Espérons que cela va évoluer ... et que ce billet y participera : il est question de  la crédibilité des informations apportées, et donc des informations présentées.

Dernier point à aborder, la hiérarchisation des sources entre elles. Cette démarche est à entreprendre au même titre qu'établir leur réalité. Ici, la question est : quelle importance relative présente tel document par rapport à tel autre pour un sujet donné ? Et, de nouveau, le problème des spécialistes peut se poser.
En effet, une information donnée peut être présentée dans un nombre importants de documents constituants des sources secondaires (donc a priori adéquats). C'est le cas, par exemple, si l'on discute de physique en général, avec une quantité astronomique de manuels scolaires et autres ouvrages allant de la vulgarisation la plus avancée à la somme pour experts. Remplacez physique par géographie, littérature ou mathématiques : le choix est vaste et ... persistant. Toujours est-il qu'étant inutile39 de présenter vingt fois ou plus la même information, il convient de choisir celle qui sera mise en avant. Première étape donc, et premier tri. Car il y en a une seconde. Celui qui va permettre d'appuyer telle ou telle partie du texte en fonction de l'importance relative des contributions et points de vue développés : il s'agit non seulement d'une démarche que je qualifierai de scientifique ou visant à l'exhaustivité sans biais, mais aussi d'une obligation faite sur Wikipédia en raison de la politique de neutralité. Le deuxième étant, sans que l'on s'en rende compte40, une conséquence de la première, et non un à-côté propre à Wikipédia. Donc, il convient de classer les sources (secondaires, principalement) non seulement selon leur type (classification de contenu) mais aussi selon leur provenance. Et là, l'exercice peut devenir pointu dès qu'on sort du cadre de l'amateurisme. Pour faire dans la caricature41, il ne s'agira pas de comparer les mérites et la pertinence des analyses de journalistes sportifs, mais bien des niveaux relatifs de confiance académique (j'étends le terme) : et c'est là que l'égalité entre rédacteurs, qui constitue l'utopie centrale de Wikipédia, en prend un grand coup. Et c'est aussi à ce point que beaucoup de rédacteurs n'ont plus assez de capacité de recul pour pouvoir s'investir, ce dont ils ne se rendent malheureusement pas compte42.


32. Et donc que l'on pourrait le trouver tout simplement à la bibliothèque du quartier.
33. Le travail qui consiste à indiquer ces liens est appelé ... wikification sur Wikipédia.
34. Que cette revue existe (probablement) ou non.
35. J'imagine que lire et comprendre l'article introduisant la relativité restreinte dans le texte n'est pas à la portée du premier venu.
36. Qui pose problème, la communauté wikipédienne ne sachant pas réellement comment se comporter avec, mais c'est un autre problème.
37. Ne traitant pas (en réalité) du sujet, constituant un doublon inutile, ou autre.
38. Ca fait du bien de trouver par soi même. Allez, un indice : cherchez dans des prises de tête récentes, par exemple ...
39. On ne le répétera jamais assez.
40. Enfin, c'est mon avis.
41. De temps en temps, j'aime bien. Mais je le fais exprès, moi.
42. Bénéfice du doute. Parce si ils en sont persuadés mordicus (ça se voit souvent), c'est grave. Comme il est tout aussi grave de le savoir et de persister dans l'erreur.

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Anonyme 15/09/2008 01:35

"Plusieurs exemples me viennent à l'esprit, mais je ne vais en indiquer concrètement aucun."Ben moi j'hésite pas : Floréale Mangin.

Pierrot le Chroniqueur 15/09/2008 08:48



Ah oui, tiens ... Mais ce n'est pas à ça que je pensais. J'avais à l'esprit des exemples bien plus récents.