Publié par Pierrot le Chroniqueur

Comme promis la semaine dernière, je poursuis ma nouvelle chronique : la « revue de presse wikimédienne ». Deuxième édition, donc, avec une actualité moins fournie que la semaine dernière (Wikipédia ne franchit hélas pas le million tous les jours, et il arrive parfois que Jimbo se tienne tranquille. Parfois). Mais j’ai tout de même retenu quelques éléments.

 

Je reviens d’abord une nouvelle fois sur le partenariat conclu entre la ville de Toulouse et l’association Wikimédia France. Les Échos du Net, où l’on peut voir une photo toute moche du maire Pierre Cohen avec Adrienne Alix, précisent ainsi que, au terme de l’accord, les archives municipales et le Muséum de Toulouse mettront à disposition de Commons de nombreuses photos, notamment de collections non permanentes (donc pas évidentes à voir) présentant des objets préhistoriques. Naturellement, le lien bien ancré entre Wikimédia France et Toulouse a largement favorisé la conclusion de cette convention. Mais il serait formidable que ce genre d’opérations soient renouvelées avec d’autres municipalités. Il y a maintenant un précédent et un cadre qui pourront aider.

 

Le logiciel de peer-to-peer BitTorrent débarque sur Commons, comme le signale Libération, sur son site spécialisé Écrans.fr. Il y a en effet peu de vidéos sur les projets, principalement pour des raisons de droit d’auteur, mais aussi à cause de la technicité que l’inclusion d’une vidéo demande. D’où l’arrivée du protocole BitTorrent, destiné à faciliter et populariser la chose, accompagné de la création d’une page : « How to post a video to Wikipedia ». Une bonne initiative, bien sûr, de quoi potentiellement agrémenter les articles. Et qui, surtout, marquerait avantageusement la différence entre Wikipédia et une encyclopédie papier (sur laquelle, évidemment, il ne peut y avoir de vidéos !). Un hic de taille cependant : l’opération ne doit pas (trop) être un succès, pour le moment du moins. Motif explicité dans l’article par Michael Dale : s’il y a trop de vidéos, les coûts en bande passante deviendront trop excessifs pour la Foundation…

 

Un blog affilié à Slate.fr a publié mardi une intéressante enquête sur Associated Press (la plus grande agence de presse au monde, selon Wikipédia). Intéressante car il y est entre autres révélé, et c’est même en titre, que Wikipédia est là-bas source non grata pour cause de fiabilité insuffisante, paraît-il. À tel point que le rédacteur en chef reçoit en direct un mail d’alerte dès qu’un journaliste ou correspondant utilise le mot « Wikipédia » dans un de ses articles ou dépêches. Outre que les journaux ne sont pas eux-mêmes des parangons de fiabilité, d’où ici une certaine ironie, on ne peut que déplorer de voir une fois de plus que le mythe du supposé manque de fiabilité de Wikipédia, à cause de sa nature libre et collaborative, perdure. Malgré plusieurs études menées, comme la comparaison entre Britannica et Wikipédia, qui n’a pas été forcément au détriment de cette dernière… Un travail de crédibilisation doit décidément se poursuivre. Mais il n’y a pas 36 solutions, il n’y en a même qu’une : encore et toujours améliorer les articles.

 

Articles, du moins les 3,4 millions et quelques de la Wikipédia anglophone, que l’on devrait mettre environ 14 ans et 8 mois à intégralement lire, si l’envie en prenait quelqu’un, selon une petite analyse statistique rapportée par ActuaLitté. Et encore, l’étude part du double postulat invraisemblable que la lecture se ferait en continu (ni manger, ni dormir) et que Wikipédia resterait telle quelle pendant cette durée (ni inclusion ni suppression d’articles). Du coup, en conclure qu’il faut mettre 14 ans et 8 mois pour lire tout wp.en est faux. Mais c’est tout de même amusant à lire.

 

Enfin, je terminerai avec cet article d'Owni, le site du "Digital Journalism", relatif à un bandeau d'appel au calme sur la pdd de l'article anglophone consacré à la guerre en Irak, sujet trollogène et propice aux guerres d'édition s'il en est. Vu ce qui s'est passé hier, je me dis que ce bandeau ne serait pas un luxe sur certaines pages méta aussi...

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Pierrot le Chroniqueur 10/10/2010 16:16



[Auto-commentaire ] Oui effectivement, après réflexion, c'est peut-être à l'affaire BHL-Botul (a.k.a Frédéric
Pagès) que Fuucx faisait référence. L'affaire Houellebecq étant beaucoup plus proche, je pensais qu'il s'agissait de cela même si l'emploi du mot "pastiche" me paraissait inapproprié. Il est par
contre beaucoup plus adapté au bel exploit de BHL prenant pour argent comptant les bêtises de Botul-Pagès. Mais je ne crois pas que c'est alors à Wikipédia, si je me souviens bien, que BHL s'est
référé. Au contraire, s'il avait lu Wikipédia, il aurait alors tout de suite su qu'il s'agissait d'un pastiche...  Mes excuses à Fuucx, en tout cas, si j'ai bien commis une erreur d'interprétation de ses propos. 



Pierrot le Chroniqueur 10/10/2010 16:17



Commentaire très intéressant, bravo ! (Oui, je suis modeste). 



Leguman 09/10/2010 22:28



Fuucx ne faisait-il pas référence à BHL et "l'affaire" Botul ?



Pierrot le Chroniqueur 10/10/2010 08:53



Je ne sais pas, il faut attendre qu'il réponde à ta question.



Fuucx 07/10/2010 23:18



Personnellement, je trouve sain que le patron d'API interdise wikipedia. En effet, cette agence est sensée rapporter des faits qui se sont passés à partir de témoignages ou de repôrtages de ses
rédacteurs. Elle est donc une source d'information qui doit être considérée comme fiable. Maintenant si les rédacteurs d'API lisent wiki, il ya le risque énorme pour une agence qui se veut
sérieuse, qu'elle valide une information sans source de wiki et que par la suite sur wikipedia on valide en citant API ou un journaliste qui rédige à partir d'API. On se trouve à sur un cas de
figure qui, il me semble inquiète parfois sur Wiki. Par ailleurs, il me semble qu'un écrivain s'est fait  récemment piéger par un "pastiche" sur wiki, il s'en est remis. La
même déconvenue arriverait à une agence de presse, je ne suis pas certain que les choses se passerait aussi bien



Pierrot le Chroniqueur 08/10/2010 12:30



Oui, ou la boucle infinie à la sauce Wikipédia. Je ne sais pas si ce cas de figure s'est déjà présenté. Généralement, lorsqu'un journaliste reprend des éléments de Wikipédia (car cela arrive
quand même !), il cite sa source. C'est d'ailleurs ce cas là qui est évoqué par Slate : le rédacteur en chef d'API traque les occurrences du mot "Wikipédia". Et ce que cela incite ses
journalistes à reprendre sans citer la source ? Je ne le pense pas. Dans un tel cas, le risque que tu soulèves
existe. Sinon non.


 


Oui, l'écrivain en question est Houellebecq. Il n'a pas été accusé de "pastiche", mais bel et bien de plagiat pur et simple. Ce qu'il a démenti, tandis que des débats s'engageaient sur la portée
du droit d'auteur sur Wikipédia et sur la licence Creative Commons. Je ne pense pas qu'il y aurait des conséquences si graves pour l'agence de presse dans ce cas. Les journaux français
s'arrêteraient de reprendre l'AFP parce que cette dernière a été prise en flagrant délit de pompage de Wikipédia ? Je ne crois pas. Pas s'il s'agit d'un cas isolé, en tout cas.