Publié par Pierrot le Chroniqueur

 

Rémi Mathis en parlait dans le fameux dossier du journal Le Monde1, daté du samedi 14 janvier 2012, et dont l'extrait qui nous intéresse se trouve ici, Wikipédia "offre un solide savoir dans les domaines des sciences dures, des sciences naturelles et des technologies", sous-entendant ainsi que ce n'est pas forcément le cas dans d'autres domaines, telles que les sciences humaines et sociales, les arts ou le sport. Un constat assez consensuel, que Chaoborus faisait également il y a quelques temps sur IRC, soulignant avec humour qu'il n'était plus loin de partager "un point de vue meodudlyen"2 sur la question tant les articles de sciences sociales qu'il venait apparemment de consulter l'ont fortement déçu, et que je partage aussi. De fait, un certain nombre de critiques de Wikipédia et d'universitaires le font aussi : Wikipédia (et je ne parle ici que de la version francophone) est plutôt performante et de qualité en sciences dites exactes, ou dures (les mathématiques sont particulièrement félicitées), mais suscite un certain nombre d'avis négatifs, voire de sarcasmes, sur beaucoup de disciplines des sciences dites humaines et sociales, que ce soit par inexactitude ou par lacunes.

 

Avant de poursuivre, quelques petites explications, volontiers simples, s'imposent sur cette dichotomie. Elle a un fondement épistémologique et est fondamentale en sociologie des sciences. Sa pertinence est régulièrement remise en cause,  mais force est de constater qu'elle est tout aussi régulièrement utilisée, parfois par pure convenance il est vrai, par des universitaires de tous les horizons. De manière générale et relativement consensuelle, il est donc acquis qu'on oppose les sciences exactes, parfois appelées plus péjorativement sciences dures3, aux sciences dites humaines et sociales. Pour simplifier (il y a là aussi plusieurs conceptions), il est courant de considérer que les sciences exactes regroupent toutes les disciplines scientifiques où l'on procède par hypothèse/expérience et où la constatation de faits établis tient consensuellement lieu de "religion" (par essence, les mathématiques, les sciences physiques, la chimie, l'astrophysique, la biologie, la géologie ...). Tandis que les sciences humaines et sociales, par définition, ont trait à l'analyse de la nature humaine, de ses comportements et et de la société, où une large place est accordée à la subjectivité et à la disparité des constats effectués, et où des théories et autres doctrines sont volontiers établies (sciences politiques, philosophie, sociologie, psychologie, sciences économiques, théologie, anthropologie ... Les inclusions de l'histoire et du droit sont davantage discutées, mais se font généralement).

 

Cette différenciation est sans surprise et, comme je vais le voir ensuite, à la base de la différence de travail et de qualité sur Wikipédia entre ces deux branches de disciplines (et sachant que mon propos se veut général), puisqu'il apparaît en toute logique que la seconde met bien plus en exergue l'exercice toujours délicat de la neutralité de point de vue que la première.  Mais, avant tout, peaufiner le constat de différence s'impose.

 

 

Plus de difficultés et qualité largement moindre en sciences humaines qu'en sciences exactes 

 

"Peaufiner" est sans doute un bien grand mot car je n'ai pas vraiment le temps de me lancer dans des sélections comparatives qui, du fait d'un trop faible échantillon, ne seraient de toute façon guère probantes. Sans parler de la méthodologie peu adéquate. Je me contenterai donc de confirmer, c'est une impression globale basée tout de même sur divers éléments, ainsi que les opinions extéreures souvent observées. La Wikipédia en français, comme la plupart des autres grandes Wikipédias, bénéficie d'une solide et appréciée base en sciences dites exactes. Les articles en mathématiques ou en biologie sont ainsi régulièrement reconnus comme étant de bonne facture ; ceux de physique et de chimie manquent encore d'un certain nombre d'éléments, mais ce qui existe déjà semble plutôt de qualité ; l'astrophysique a même eu droit à un traitement à part et de qualité sur Wikipédia, notamment grâce aux présences des astrophysiciens Alain r et Meodudlye4.  

 

En revanche, le constat, assez consensuel, est beaucoup moins flatteur pour la plupart des disciplines des sciences dites humaines et sociales (SHS). Travaux inédits, neutralité défaillante, guerres d'éditions et débats acharnés en pdd bien plus fréquents ... Les maux ne manquent pas. Si l'histoire bénéficie d'un traitement inégal selon les périodes et les sujets, l'ensemble manque encore de pas mal de choses — à la décharge des Wikipédiens, il est vrai que la somme de connaissances à relater est ici considérable, et qu'il faudra encore longtemps pour être à peu près exhaustif (si on y arrive un jour ...) — que l'économie et le droit ont quelques bons articles (mais restent globalement à travailler), les articles en philosophie, sociologie, ou encore en sciences politiques sont souvent vilipendés et apparaissent à l'observateur comme faibles, peu précis, parfois inexacts, souvent peu neutres et propices aux guerres d'éditions. Au-delà des sciences humaines et sociales, on peut également relever que beaucoup de travail reste à faire sur les articles consacrés aux arts et aux artistes, tandis que ceux portant sur les œuvres cinématographiqes ou littéraires sont la plupart du temps du travail inédit, quand ils ne contiennent pas une véritable critique personnelle, par essence non neutre.

 

Ce constat, je le répète, je l'ai souvent fait en parcourant régulièrement (pour ma culture personnelle, par exemple) l'encyclopédie participative en ligne, et correspond de manière générale aux observations souvent émises ici ou là par la presse ou, surtout, le milieu académique.

 

 

Pourquoi ces différences ?

 

Je vois deux raisons principales, évidentes, mais qui méritent d'être rappelées et sommairement analysées, pour pouvoir ensuite envisager quelques solutions (de pure théorie. De solutions, il n'y en a en réalité qu'une : attendre que le temps finisse par faire son œuvre. Il sera peut-être possible, je vais y revenir, d'accélérer légèrement la cadence, mais aucun miracle n'est à attendre. Rome ne s'est pas faite en un jour, et Wikipédia est sans doute plus difficile à construire qu'une ville).

 

La première, c'est le choix, que je ne remets évidemment pas en cause, d'avoir comme principe fondateur la neutralité de point de vue (NPOV). Un trait, je l'ai souvent rappelé, assez spécifique à Wikipédia, la plupart des autres encyclopédies se contentant d'avoir pour ligne directrice la restitution exacte des connaissances. La notion de NPOV, toujours très délicate à manier en pratique, est, ce n'est pas un scoop, bien plus prégnante et fondamentale en SHS que dans les disciplines scientifiques par excellence. Dans ces dernières, son rôle, sauf exception, est en réalité marginal. Les sciences exactes fonctionnent, je dirais presque par définition, sur la base d'expériences selon un cadre méthodologique précis, d'observations, de recueillements de donnés, ou encore de démonstrations qui se doivent d'être irréfutables ... La somme des connaissances qui en découle, puisqu'elle s'appuie sur de tels éléments objectifs, est en conséquence parfaitement consensuelle, sur la plupart des éléments, au sein des communautés scientifiques. Pour faire simple : imagine-t-on un biologiste expliquer que certes, toutes les observations tendent à dire qu'il y a des globules rouges dans le sang, mais que lui estime qu'il n'y en a pas parce qu'il a une théorie différente ne reposant sur rien ? Non. Les sujets-mêmes des travaux, ainsi que les méthodologies employées, ne laissent pratiquement aucune place, dans l'immense majorité des cas, aux points de vue. Celui qui a une thèse doit la valider par l'expérience ou la démonstration et non l'incanter en fonction de son propre point de vue. Dès lors, sur Wikipédia, la notion de neutralité de point de vue ne devient utile qu'à la marge, pour savoir par exemple quels commentaires, en fonction de la notoriété de leurs auteurs, apporter sur tel ou tel article. Mais les éléments essentiels de ces articles ne peuvent être remis en cause par personne, sinon par ignorance de la part de néophytes. Bien évidemment, puisque le socle des connaissances à apporter est stable, consensuel et irréfutable, il en devient d'autant plus facile d'écrire sur Wikipédia les articles afférents et d'en faire quelque chose d'exact et de pertinent.

À l'inverse, les SHS ne reposent pas forcément, loin s'en faut, sur des connaissances exactes, mais, par nature, sur des analyses et thèses divergentes, voire opposées, d'un certain nombre de choses. Par exemple, la crise économique actuelle a autant d'analyses qu'il y a d'analystes, y compris réputés ; tel politologue attribuera l'actuelle montée en puissance de Marine Le Pen à la hausse de l'insécurité et à la perte de l'autorité de l'État dans certains quartiers, tandis qu'un autre y verra surtout l'influence de la crise économique et la peur de l'Autre qu'elle engendre. Même l'histoire, pourtant essentiellement basée sur l'étude des faits passés, suscite régulièrement des controverses et des avis différents entre historiens, lorsque le passé est trouble ou en fonction des sources que chacun a obtenues. Pour prendre en exemple l'un des plus célèbres mystères de l'Histoire, l'homme au masque de fer est de manière certaine, selon le célèbre historien des XVIIème et XVIIIème siècles français, Jean-Christian Petitfils, un dénommé Eustache Danger. Une certitude que tous les historiens ne partagent pas, d'où la nécessité pour l'article dédié de relater, à proportion de leur importance, tous les points de vue et faits indiqués par les uns et les autres. Une entreprise, par analogie, plus délicate eu égard à la neutralité de point de vue, que de simplement exposer une formule mathématique admise par toutes et tous.

 

L'autre écueil, directement lié au premier, est que, dans beaucoup de disciplines de SHS, les divergences d'analyse reposent en réalité sur une opposition préétablie d'idéologies5. Les idéologies imprègnent évidemment l'étude de la politique, de l'économie politique, de la sociologie, de la philosophie ... Autrement dit, tout un chacun est plus sensible à tel ou tel point de vue en fonction de ses propres conceptions et sensibilités. Il en découle que, même inconsciemment, même en pensant être neutre, certaines interventions sur les articles portent en elles la marque des conceptions personnelles du contributeur. Que ce soit pour insister sur telle ou telle thèse, ou en minimiser telle autre. Et, soyons clairs, même ceux qui ne maîtrisent pas tout ont des préférences sur ces sujets et aiment les donner. Autrement dit, le caractère collaboratif (et ouvert à toutes et tous) de Wikipédia, qui justifie d'ailleurs l'exigence de neutralité de point de vue, est le second facteur expliquant la difficulté à avoir des articles en SHS de bonne qualité générale.

Outre que ces sujets attirent plus facilement les trolls et les pov-pushers repérables à des kilomètres — mais qu'il est pourtant de plus en plus difficile de bannir rapidement, tant les requêtes aux administrateurs ont désormais une tendance prononcée à l'ankylose même, maintenant, pour des cas semblant très simples et n'impliquant pas des intervenants réguliers — il est aussi réel, pour les raisons que j'indique juste avant, que le pov-pushing (le cas échéant inconscient), parfois subtil et sournois, est aussi le fait de contributeurs de longue date. D'où les très fréquents et interminables débats en page de discussion. Ce pov-pushing, bien sûr, est diffus : il peut s'agir d'accorder plus de place à tel ou tel point de vue, de manière non justifiable, ou d'en escamoter un autre. Parfois, le pov-pushing consiste à une sacralisation de l'article tel qu'il est (donc à refuser tout ajout ne correspondant pas au biais dominant, assimilé à tort à de la neutralité), et se double alors d'une appropriation de fait dudit article par ses contributeurs principaux. Sans oublier, alors, la formation de phénomènes de groupes à visée plus ou moins POV. Je vous renvoie, pour un plus grand d'approfondissement de ce sujet, à ce très bon essai personnel de Katanga, qui développe fort bien ce qu'il appelle le "pov-pushing inversé" : le refus de modifier l'article pour mieux conserver la domination de fait d'un point de vue, qui correspond à sa propre sensibilité.

 

 

Conclusion : quelles solutions ?

 

Je l'ai indiqué plus haut : il n'y a pas de solution miracle. Énormément de travail reste à faire pour que Wikipédia soit une encyclopédie de qualité dans tous les domaines de la Connaissance, et les écueils qui font que, actuellement, les articles de SHS sont loin d'être idylliques sont impossibles à éviter : il est évidemment exclu de renoncer aussi bien à la neutralité de point de vue qu'à l'ouverture de Wikipédia à tout un chacun. Ces deux principes sont, parmi d'autres, à la base du fonctionnement de Wikipédia et, malgré ces problèmes, ont largement fait leurs preuves. Il faut donc attendre : petit à petit, amélioration par amélioration, les articles de SHS finiront par se développer et à être — enfin — regardés avec des yeux moins désapprobateurs.

 

Tout ce que l'on peut faire, c'est envisager des pistes qui, sans remettre en cause l'essentiel, donneront peut-être des outils pour rendre un moins lente cette évolution naturelle (en tout cas, j'espère qu'elle l'est). Mais là encore, ce n'est pas entièrement satisfaisant :

 

  • La première solution, que j'ai souvent appelée de mes vœux, est d'inciter des spécialistes, des universitaires des différents domaines concernés à contribuer sur Wikipédia. La réussite de certaines disciplines scientifiques sur l'encyclopédie en ligne tient, on l'a vu plus haut, de la présence d'experts, bien moindre au niveau des SHS. Le problème, c'est que, l'expérience l'a montré, les difficultés inhérentes à la NPOV sont loin d'etre réglées ou même atténuées. C'est même plutôt l'inverse en fait : le philosophe, le sociologue, l'économiste ... est habitué à développer des thèses, à faire ses propres constats, à proposes ses solutions (c'est le propre de ces disciplines). Bref, il n'est pas formé ni destiné à être neutre. D'où, on l'a vu avec des historiens comme Olivier Blanc, régulièrement critiqué et bloqué sur Wikipédia, une immense difficulté de leur part à appréhender la neutralité de point de vue (un problème, là encore, qui ne frappe pas nos scientifiques comme Alain R puisque l'exigence de neutralité est marginale dans leurs domaines. Et le besoin d'expertise plus affirmé). C'est donc une solution à double tranchant.
  • Certains ont déjà envisagé la création d'un véritable Comité éditorial (ce que n'est pas, faut-il le rappeler, le Comité d'arbitrage), qui serait composé de Wikipédiens reconnus par leurs pairs comme performants dans leurs domaines de contribution. Sans aucun doute, les conflits de neutralité pourraient s'en trouver plus efficacement, et dans le bon sens, tranchés. Problème : cela instituerait une hiérarchie éditoriale entre contributeurs, avec la création de cette caste de super-contributeurs. Un affront aux principes fondateurs de Wikipédia qui semble difficilement acceptable. Une solution serait peut-être de ne pas le généraliser et de prévoir la possibilité, qui devrait demeurer rarissime, de convoquer de manière extraordinaire un tel comité pour les cas intensément et durablement problématiques. Mais je ne suis pas sûr d'être particulièrement emballé par cette perspective.
  • Le plus adéquat, comme souvent, me semble d'améliorer les outils que Wikipédia a déjà à sa disposition. Il existe une procédure dite de l'appel à commentaires, sur un contributeur ou sur un article. Autant les appels à commentaires sur un contributeur en particulier m'ont toujours semblé tenir de l'exutoire improductif et du lynchage en place publique sans rien régler sur le fond, autant les appels à commentaires sur les articles peuvent, eux, avoir une certaine utilité en ouvrant le débat à davantage de monde et en posant de manière claire les points qui posent problème. Actuellement, cette procédure est assez peu utilisée et, surtout, sa publicité est insuffisante pour attirer vers le débat en cours un surplus suffisant de contributeurs par rapport à ce qui pouvait antérieurement se passer sur la page de discussion de l'article concerné. Une réforme d'icelle pourrait donc être envisageable, en fixant par exemple des dates butoirs, des objectifs de règlement à atteindre, une publicité plus grande, une imbrication avec les procédures de médiation ... J'avoue ne pas avoir d'idées précises en tête (il faudrait que j'y réfléchisse), mais c'est la seule piste convenable et réaliste qui me semble à creuser. En comprenant bien que les effets seront assez minimes.

 

Car je le répète à nouveau : il n'y a pas de miracle à attendre à court ou moyen terme.

 

 

 

1. Pour celles et ceux qui ne le sauraient pas encore, Le Monde d'il y a deux semaines a en effet réalisé sa une sur Wikipédia, avec un dossier en supplément culturel, ainsi titrée : "Peut-on faire confiance à Wikipédia ?" On en parle bien sûr sur le Bistro.

2. Meodudlye s'est en effet régulièrement signalé, sur Wikipédia ou IRC principalement, par une allergie assez prononcée à tout traitement des sciences humaines et sociales sur Wikipédia, considérées comme non-neutres et non-scientifiques par nature.

3. Comme vous le voyez, il existe deux articles distincts, et j'avoue que l'intérêt m'échappe. Du reste, l'article consacré aux sciences dures débute en expliquant que l'expression est synonyme de "sciences exactes" ... D'aucuns y verront un élément indiquant que les articles en sociologie (ici, des sciences) sont effectivement faibles. 

4. De manière aléatoire, évidemment, pour ce dernier, en fonction de ses blocages pour tout et n'importe quoi. Surtout n'importe quoi d'ailleurs.

5. Partout, je vous assure. Il ne s'agit pas que des grandes oppositions classiques (gauche/droite, libéralisme/socialisme, Socrate/les sophistes ...), mais d'une multitude, plus ou moins liées entre elles, à tous les niveaux. Par exemple, l'éducation est baignée d'idéologies contradictoires, entre les pédagogistes ou les partisans de la transmission pure des savoirs. Divers grands courants idéologiques sont eux-mêmes structurés entre diverses écoles et thèses, par exemple le libéralisme économique englobe aussi bien les néoclassiques que les keynesiens. On pourrait aussi citer les débats en cours sur la bioéthique. On pourrait parler, pour avoir un exemple plus précis, de la reproduction des stratifications sociales, et de l'analyse différente de leurs causes (le constat est identique) entre le biais socio-culturel de Bourdieu et l'individualisme méthodologique de Boudon. Etc, etc, etc. Il n'y a pas, dans ces disciplines, de constats sans analyses, souvent empreintes d'idéologies, opposées, contradictoires, plus ou moins notables, et auxquelles on sera plus ou moins sensible. Et auxquelles les sources qu'on utilise seront plus ou moins sensibles. D'où l'immense difficulté à appliquer la notion de neutralité de point de vue.

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Alexander Doria 26/01/2012 16:27


Merci pour ce billet très intéressant,


Je me sens assez concerné par ce problème dans la mesure où j'écris moins-même une thèse en science humaine (en science de l'information et de la communication soit avec tout de même un
composante un peu « dure »). Il est clair que l'absence d'expérience indéfiniment reproductible rend la quête d'objectivité particulièrement difficile. Pour autant, cela n'empêche pas
complètement l'émergence de paradigmes relativement consensuels (par exemple, je suis en train de travailler un article sur l'origine de la monnaie et on observe, au cours de ces dernières
années, un accord très net de l'ensemble de la littérature universitaire sur les modalités de l'apparition de la monnaie en Lydie, ce qui n'était pas du tout le cas il y a encore une vingtaine
d'années). Le vrai problème des sciences humaines vient plutôt peut-être de leur difficulté (à nouveau faute d'expérience reproductible) à marginaliser les « non-scientifiques ». Là où un rigolo
est assez vite éjecté en physique quantique, il peut sévir longtemps en histoire ou en économie (je ne citerai personne, mais plein de noms me viennent à l'esprit…)


Si ça peut te rassurer, j'ai de toute façon l'intention de lancer dans les mois qui suivent une offensive sur les sciences politiques (j'ai notamment les idéologies en ligne de mire). La qualité
d'ensemble devrait peut-être s'en ressentir.

Pierrot le Chroniqueur 26/01/2012 16:55



Merci pour les compliments. Oui, c'est ce que je souligne entre autres dans mon billet : il y a bien plus de "rigolos"
ayant un avis, en fonction de leurs sensisbilités politiques, sociales et autres, sur nombre d'articles de SHS et qui y font le plus souvent fu POV. Quant à la quête d'objectivité, elle n'est pas
infaisable, mais très pointue, faute, comme tu le soulignes, de méthodologie purement scientifique adaptable. Je te souhaite bon courage pour ton travail en science politique.