Publié par Pierrot le Chroniqueur

Assez longue revue de presse cette fois-ci, vu que la dernière remonte à un certain temps déjà. Pourquoi n'y en avait-il pas eu depuis1 ? Parce que. C'est comme ça. C'est moi qui décide2. Du coup, je vais commenter certains événements plus de toute première fraîcheur, mais tant pis. Ce sera une revue de presse à la fois dans l'actualité et pas dedans. C'est original, après tout.

 

Je reviens tout d'abord sur les rencontres Wikimédia des 3 et 4 décembre derniers, ou Wiki-GLAM, qui ont été assidument suivies par une journaliste de Écrans. Outre le podcast, complet et intéressant, que vous pouvez trouver ici (à partir de la dixième minute environ), un article revient spécifiquement sur les divers partenariats conclus entre les différents chapters et certaines institutions. Pas grand chose de plus à ajouter, tout ceci est très bien expliqué dans l'article dédié. Sur les rencontres en elle-même, je ne peux en dire que du bien - sinon, je serai excommunié.

 

Il y a maintenant presque deux semaines, Florence Devouard, Anthere sur Wikipédia, était conviée par François Bayrou et Michel Drucker à l'émission dominicale Vivement dimanche. On découvre ainsi que Bayrou est "chaque jour" sur Wikipédia qui est, selon lui, "plus qu'une révolution" (une super-révolution qui a déjà neuf ans, quand même). Il a tout de même bien compris le principe puisqu'il répond que les contributeurs sont des "encyclopédistes" qui sont là pour "approfondir" quand Drucker parlait de "travail de journalistes" (ce qui est évidemment inexact. Pour la recherche de sources, éventuellement, et encore...). Pour le reste, l'échange est assez convenu, quoique sympathique. Anthère insiste légitimement sur le caractère collectif de Wikipédia, la réactivité de ses contributeurs, et surtout sur le bénévolat et la gratuité. Deux petits regrets, tout de même :

 

  • Anthère n'a pas expliqué la notion de travail inédit lorsque Michel Drucker a évoqué la possibilité de faire part de découvertes sur Wikipédia. Je sais que ce n'est pas évident à expliciter, et encore faut-il y penser avec toutes les caméras en face de soi, mais cela me semble fondamental.
  • La photo est toujours la même.

 

Mais il est vrai que, bien installé sur mon divan (le mien), je ne suis pas le mieux placé pour faire des reproches. D'ailleurs, ce n'en sont pas. Juste des remarques3

 

Moyg en a parlé dans son dernier billet : une "encyclopédie collaborative en ligne" concurrente et cubaine, baptisée EcuRed, a été lancée sur la Toile. Une reprise de nombreux articles de la Wikipédia espagnole, pour commencer, apparemment sans crédit des auteurs. Et surtout, avec quelques menus changements qui montrent que le principe de neutralité ne figure pas parmi les principes fondateurs de cette encyclopédie-là. Comme l'indique ici ActuaLitté, les articles sont "un brin orientés" avec des scuds pour les États-Unis et des louanges pour les frères Castro. Autre petite différence, et ceci explique sans doute cela, toute modification est soumise à l'approbation des administrateurs, dont on ignore d'où ils sortent ni comment ils sont devenus admins. Gageons que les rares Cubains ayant Internet se précipiteront dessus. Ou pas.

 

Jeudi dernier, le président de la République française recevait à déjeuner diverses personnalités du Web, nous informe entre autres le Nouvel Observateur. C'est-à-dire des entrepreneurs du Net, comme Xavier Niel, le dirigeant de Free, ainsi que des "blogueurs influents". Précisons tout de suite que cette information est scandaleusement inexacte, ou en tout cas incomplète : je n'ai pas été invité. Alors que, en toute modestie, je suis extrêmement influent. Si, si. La preuve4 : l'article inexistant que je mettais en lien ici pour inciter les gens à le créer n'existe toujours pas. C'est dire comme j'ai de l'effet. Mais bon,  faisant contre mauvaise fortune bon coeur, j'ai suivi quand même ce qui se passait grâce au Twitter de Maître Eolas. J'en retiens qu'ils ont tous bien mangé. Que le président les a écoutés poliment mais ne changera pas d'un iota sa politique numérique. Ah oui, et aussi que l'avocat blogueur a été accusé de s'être vendu et a donc perdu plein de followers. Comme ça, il sera bientôt aussi influent que moi.

 

Enfin, pour terminer sur une note légère, je vous invite à jeter un coup d'oeil, si vous ne l'avez pas déjà fait, au "wiki-rap de Jimbo Wales". Suivez le conseil, et arrêtez-vous à deux minutes.

 

Bonne semaine à toutes et tous !

 

 

1. Je suis sûr que vous n'en avez pas dormi de la nuit depuis tois semaines.

2. Oui, je sais, j'avais promis un rythme hebdomadaire. Et bien, "les promesses n'engagent que ceux qui les reçoivent". Na.

3. J'insiste, que mon propos ne soit pas mal interprété.

4. Par exemple. J'en aurais des tas d'autres comme ça. Mais je ne vais pas les citer, pour ne pas trop déprimer.

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Scrongneugneu 19/12/2010 15:54



À propos de Maître Eolas : je ne l'aurais pas dit de cette manière (vendu etc.) mais c'est vrai que l'on peut éprouver une certaine déception à le voir céder à la curiosité en se rendant à
l'invitation élyséenne, alors qu'il savait pertinemment que les conversations se borneraient à un dialogue de sourds. Peut-être aussi entre-t-il dans cette acceptation une satisfaction
d'amour-propre, je ne saurais dire, mais cela a probablement traversé l'esprit de quelques-uns. En tout cas, il ne m'aura pas perdu comme follower, puisque je refuse obstinément de me créer un
compte sur Twitter. Pour finir, on peut regretter que, outre un certain milieu parisien qui connaît l'identité de Maître Eolas (un « secret de polichinelle », à ce que l'on me soufflait récemment
sur IRC), quelques « huiles » comme Sarkozy et Guéant soient dans la confidence, mais que la piétaille bouseuse de province ne soit pas invitée à partager ce « secret ».



Pierrot le Chroniqueur 19/12/2010 19:00



Je ne le dis pas ainsi - et ne le pense pas forcément - je ne fais que rendre compte de ce que j'ai perçu sur Twitter. Ce qu'il vient de vivre, sans trop d'émotion apparemment, c'est l'éternel
dilemme, finalement, de celui qui se revendique rebelle et doit choisir entre le dialogue - au risque de s'aliéner ses "soutiens" les plus radicaux - ou le refus - au risque de passer pour un
intolérant - lorsque "l'ennemi" lui tend la main. Je mets des guillemets pour souligner que les figures sont imagées, car  Maître Eolas n'est pas vraiment en guerre. C'est ce que certains ont pensé, visiblement. En ce qui concerne l'identité de maître Eolas, cela semble en effet devenu un
secret de polichinelle dans certains milieux. Grâce, Dereckson te l'a déjà dit, aux déductions qu'on peut faire de ses centres d'intérêt. Mais encore faut-il être un familier du Barreau pour en
tirer les bonnes conclusions. Lui aurait tort de la communiquer. C'est si agréable, parfois, l'anonymat...


 


Oui, j'ai remarqué ton allergie aux réseaux sociaux. Sans vouloir te forcer la main - de toute façon, je n'ai aucune chance - j'ai l'impression que la communauté wikimédienne est désormais plus
active, et depuis un moment, sur Twitter que sur IRC. Elle est différente aussi.


 



Scrongneugneu 19/12/2010 15:46



À propos de François Bayrou, si ma mémoire est exacte, c'est avant même l'élection présidentielle de 2007 (sa deuxième candidature, où il obtint un score dépassant 18 % des suffrages exprimés)
que nous avions eu des échos d'un positionnement bienveillant de sa part à l'égard de Wikipédia. Politicien, certes, mais qui ne manque pas de constance dans certaines de ses observations. Un peu
comparable, dans un tout autre domaine, au philosophe Michel Serres qui, sans se montrer inconditionnel, défend le principe de l'encyclopédie libre depuis longtemps.



Pierrot le Chroniqueur 19/12/2010 18:44



Pour François Bayrou, j'avoue ne pas forcément suivre toutes ses déclarations. Pas que je ne m'intéresse pas à la politique, même si j'évite d'en parler, mais je ne peux pas tout relever. Surtout
s'il faut mettre à contribution ma mémoire, sans doute pas aussi exacte que la tienne, en remontant à plusieurs années. Une recherche sur Google m'a quand même permis de voir que Bayrou tenait
effectivement des propos similaires début 2009. Il avait alors cité Wikipédia comme un "projet de société" extraordinaire car "non marchand". Et l'avait défendue contre les critiques sur sa
fiabilité, disant qu'il voyait aussi des erreurs sur Universalis et Britannica. Il s'était globalement posé en défenseur du libre. C'est ici. On peut donc voir une certaine constance dans ses prises de position.
Peut-être pas exemptes d'arrière-pensées politiciennes ? Possible, je ne sais pas, libre à chacun d'avoir son opinion sur le sujet.  


 


Et c'est effectivement un discours comparable à celui de Michel Serres. Tant dans l'approche du partage des connaissances et de l'enthousiasme devant le libre, que dans la réfutation, pas totale
mais relative - en comparant avec les autres encyclopédies - des critiques. Avec des petites nuances : Serres me semble davantage insister sur le principe collaboratif, et même "d'autogestion",
de Wikipédia, et surtout sur sa réactivité. Ce qui a l'air de l'enchanter, c'est que Wikipédia est un outil idéal pour rendre compte des mutations des savoirs, sa force par rapport aux
encyclopédies traditionnelles. Ceci grâce à l'outil, Internet bien sûr. C'est très banal à dire, mais tellement vrai.