Publié par Pierrot le Chroniqueur

Je reviens, une fois de plus, sur l'affaire Houellebecq qui n'en finit pas de rebondir encore et encore. Dernier épisode en date, relaté entre autres par Le Point, un blogueur juriste du nom de Florent Gallaire a estimé que la reprise supposée, par Michel Houellebecq, de passages de Wikipédia dans son dernier roman, la Carte et le Territoire, faisait passer l'intégralité de celui-ci sous licence Creative Commons. Une interprétation audacieuse, contestée par presque tous les spécialistes du droit de la propriété intellectuelle, et qui a poussé l'éditeur, Flammarion, à agir en justice. Pour ma part, sans trop m'avancer, je me contenterai de répéter qu'il est loin d'être acquis que l'on puisse considérer que le contenu de Wikipédia a été contrefait par l'écrivain, en raisons des reformulations et du style passe-partout. Et que, par conséquent, la base, sur le fond, de l'argumentation de Monsieur Gallaire s'en trouve affectée1. Je comprends donc la prudence de Wikimedia France à ce sujet. Pour le reste, je vous renvoie à l'excellent billet, paru ce jour, de l'ami David Monniaux.

 

Coyau en avait déjà parlé il y a deux jours, la Tribune de Genève le mentionne également : OpenStreepMap, le "Wikipédia des cartes", a désormais pignon sur rue sur Wikipédia, du moins pour les articles géolocalisés, comme précisé par Écrans. Un partenariat logique au sein du libre, même si je ne suis pas fondamentalement convaincu par la grande utilité de l'opération, encore moins par l'intérêt encyclopédique de la chose. Wikipédia, après tout, n'est ni un guide touristique ni un site de renseignements pratiques. Mais il paraît que le lecteur aime cela2...

 

WikiLeaks refait parler la poudre : comme le rapporte le NouvelObs, le wiki s'apprête à publier de nouveaux documents confidentiels concernant, cette fois-ci, plusieurs États européens. Des réunions d'urgence, notamment en Italie, ont été organisées pour préparer réponses et ripostes, tandis que Barack Obama accuse le site de mettre "des vies en danger", se faisant ainsi l'écho de déclarations de Jimmy Wales il y a quelques semaines de cela. Pas de réaction de Dieu cette fois-ci, mais plutôt de Lucifer qui, ainsi que relevé sur son blog par Hégésippe, s'est permis des tweets violents et politisés à ce sujet. Et ce, c'est le plus drôle, en sa qualité de "co-fondateur de Wikipédia", prétendant ainsi engager la communauté derrière sa bannière. Même venant de Jimbo, ce n'était pas acceptable (et encore, lui n'avait pas parlé au nom de Wikipédia, ce sont les médias qui l'avaient interprété ainsi). Alors Sanger...

 

Et je termine justement cette revue de presse avec cette interview, pour ITmag.com, de Saint Jimbo. Derrière les banalités et la langue de bois d'usage, j'ai relevé un propos qui me semble intéressant à commenter. C'est celui-ci : "Nous disposons d’une structure sociale complexe conçue de telle sorte à permettre un grand nombre de contrôles et de contrepoids", en réponse à une question  sur la crédibilité et la véracité de Wikipédia et de son contenu. Alors là, il faudra que Jimbo précise car, en la matière, les seuls contrepoids que je connaisse sont la vigilance et l'expertise des contributeurs bien intentionnés et compétents. Et encore... Il n'y en a bien évidemment pas d'autres. Ou alors Jimbo fait référence aux administrateurs et autres comités d'arbitrage, voire même à la Foundation, auquel cas son analyse serait extrêmement contestable, ces organes n'ayant aucune primauté éditoriale. J'imagine que Jimbo cherchait ainsi à tranquiliser le lecteur, mais son affirmation est au minimum imprécise.

 

Bonne semaine à toutes et tous !

 

1. S'il n'y a pas de reprise du contenu de Wikipédia, il n'y a pas non plus, en admettant que ce soit possible, de passage de l'oeuvre sous licence Creative Commons.

2. Il parait que c'est aussi pour lui que Wikipédia est écrite, remarquez.

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Scrongneugneu 01/12/2010 14:05



Bricole : il faudra que je me souvienne, quand j'écris chez toi et que j'y insère un lien hypertexte, de l'utilité d'accompagner ledit lien par une emphase forte (gras).



Pierrot le Chroniqueur 01/12/2010 19:09



Je sais, pour l'avoir pratiqué, que la dépose de commentaires sur overblog n'est pas forcément idéale ...



Scrongneugneu 01/12/2010 14:03



Digression consécutive à l'« affaire Houellebecq » et à ta phrase « Je comprends donc la prudence de Wikimedia France à ce sujet. » dans le paragraphe que tu y as consacré
ci-dessus.


J'ai eu l'heureuse surprise de constater qu'il existait au moins un journaliste qui éprouvait le besoin de préciser (relativement) les choses, au sujet de Wikimédia France. Je veux parler de
Thierry Noisette qui, sur son blog « L'esprit libre », hébergé par Zdnet, a pris la peine, dans un billet titré « Houellebecq, Wikipédia et la possibilité d'un Libre », de
parenthèses utiles et pleinement informatives, dans la phrase suivante : « Adrienne Alix, présidente de Wikimédia France (association qui soutient Wikipédia et les
projets associés), jointe hier, est plutôt sceptique sur le passage forcé du roman en Creative Commons (...) ».


La chose est suffisamment rare pour être notée. Certes, compte tenu des centres d'intérêt qui sont ceux de Thierry Noisette et de la liberté qui est la sienne (pas d'urgence de traitement de
l'actualité, ni de contrainte de taille pour soin texte) dans son espace personnel, la chose n'est pas franchement stupéfiante. Mais bon, nous sommes tellement habitués à l'existence de cohortes
de « journalistes » qui se complaisent dans le zapping, la superficialité et l'approximation...



Pierrot le Chroniqueur 01/12/2010 19:09



J'étais au courant de cet article de Thierry Noisette. Je comptais en dire deux mots dans ma prochaine revue de presse, mais tu viens de me couper l'herbe sous le pied. Ce qui n'est pas un drame,
quand on y pense.


L'"affaire Houellebecq est à mon sens juste une mise en lumière du problème des droits d'auteurs concernant le contenu de Wikipédia (et des projets Wikimedia), liée à la mise sous les projecteurs
du site (qui devient une référence, d'une manière souvent intéressée). Gageons que cela ne fait que commencer, avec les déformations habituelles dans la presse.



Grimlock 30/11/2010 09:25



(à propos de ton avant dernier paragraphe) Même si la conception de la "communauté" était fondée sur le principe de contrôle, les faits démontrent que ces contrôles ne sont réellement exercés que
par un très petit nombre de contributeurs. Ceux qui se tapent les RC, les mises en PàS, les SI ...



Pierrot le Chroniqueur 30/11/2010 20:20



Oui, c'est assez faible pour les cas que tu cites. Mais j'ajouterais aussi ceux qui consultent régulièrement - et attentivement - leurs listes de suivi. Ce qui commence déjà à faire un peu plus
de monde. Du moins, je l'espère.