Publié par Pierrot le Chroniqueur

Je vais revenir, une fois de plus, sur la désormais fameuse affaire Houellebecq/Wikipédia. Ce n'est pas de ma faute, c'est la presse et les blogs qui continuent d'en parler. Et je me dois donc d'en faire l'écho dans ma revue de presse. Enfin, je n'y suis pas obligé, c'est vrai. Mais j'ai envie, donc ce sera comme ça1. C'est ActuaLitté.com qui en reparle le premier, suite à une réédition intempestive d'une dépêche AFP concernant Houellebecq, étonamment reprise. Le site du magazine littéraire en profite pour s'étonner que les médias ne relaient plus cette histoire, malgré les développements autour de l'initiative du juriste Florent Gallaire qui avait repris sur son blog l'intégralité du roman, tandis que les récompenses et les bons chiffres de vente pleuvent sur La Carte et le Territoire. Il précise aussi que les enjeux, à savoir les licences, sont importants2. Le site avait quelques jours plutôt fait un point bien foutu sur le sujet. Seul élément manquant : ce qui concerne le droit moral des auteurs — en l'occurrence les contributeurs de Wikipédia. — Maître Eolas, le célèbre avocat blogueur, renchérit ensuite il y a deux jours avec ce passionnant billet largement accessible, même aux néophytes. Outre qu'il explique très bien ce qu'est la licence CC-by-SA, pourquoi les contributeurs de Wikipédia sont des auteurs ayant commis une "oeuvre de l'esprit" et pourquoi la Foundation ne peut, elle, rien revendiquer à ce sujet, il démontre que l'initiative malheureuse de Florent Gallaire ne tient pas. Mais alors, pas du tout. Et mieux qu'aucun Wikimedien s'intéressant au sujet ne l'avait fait jusqu'à présent. Mais, après tout, c'est son boulot !

 

Je suis tombé sur ce petit article d'ITR Manager qui, si j'ai bien compris, remet en cause la dimension collective de Wikipédia. En tout cas, explique que le potentiel est sous-exploité, et que le projet n'a rien à voir avec les Anonymous. Je souscris au dernier point — Wikipédia, malgré son statut, n'est pas un site de militantisme en faveur du libre et ne mène pas d'actions coordonnées à visée informatique. Surtout l'anonymat des Wikipédiens n'est pas une obligation, certains contribuant sous leur identité réelle — mais note deux petits choses intéressantes : 

  • Déjà, cette notion de sous-exploitation du collectif : "si l’on rassemblait tous les esprits qui ont fait Wikipedia, on pourrait, finalement, faire bien plus". C'est vrai, mais c'est difficile de le déplorer : les Wikipédiens sont bénévoles, donc ne sont pas à plein temps sur Wikipédia. Et n'ont pas non plus l'obligation de mettre tout leur esprit à son service en contribuant sur tous les thèmes qu'ils maîtrisent. A moins de passer au salariat — et c'est bien entendu hors de question — il en sera toujours ainsi.
  • Enfin, cette formule rhétorique : Wikipédia ne serait pas le triomphe de "l'intelligence collective", mais celui de la "collaboration intelligente". Ce n'est pas si faux. Et même très juste. Wikipédia est déficiente sur bien des points encore. Je l'ai déjà dit, la qualité est encore loin d'être optimale. Malgré l'activité de la communauté. Wikipédia n'est donc pas (encore) une incarnation de l'intelligence, juste un projet y aspirant. Parler de "collaboration intelligente" — car le travail collectif, via les projets par exemple, existe — est donc plus adapté. C'est bien trouvé comme formule.

 

J'ai trouvé divertissante la lecture de cet article du Post, qui raconte comme si on y était une guerre d'édition entre un vandale et plusieurs contributeurs sur l'article Benjamin Lancar — sur l'admissibilté duquel, au passage, il est permis de s'interroger. C'est un simple conseiller régional, et je ne suis pas sûr que présider une émanation junior d'un parti politique soit suffisant. — Cela rejoint plusieurs autres articles de presse que j'ai déjà vus par le passé, où le journaliste s'étonnait de trouver des versions vandalisées et, au mieux, critiquait vertement Wikipédia, au pire parlait carrément de piratage. Comme quoi, malgré le succès de Wikipédia, de nombreux efforts restent à fournir pour mieux expliquer la nature de l'encyclopédie collaborative en ligne.

 

Enfin, je termine avec un événement déjà ancien, mais qui m'avait à l'époque échappé. Ou alors je ne m'en souviens plus, ce qui est possible aussi. C'est en feuilletant les quelques pages "Rétro 2010" du dernier double numéro de l'hebdomadaire Le Point3 que je suis tombé sur cette information vieille de quelques mois : Wikipédia a fait son entrée dans le Petit Larousse. En compagnie notamment de Google, de Daniel Cohn-Bendit, de Françoise Hardy, de Penélope Cruz, ou encore de ... Michel Houellebecq, décidément inévitable ! Une petite recherche m'a permis de constater que l'information avait déjà six mois. C'est assez anecdotique mais cela fait plaisir de voir que Wikipédia semble bel et bien avoir acquis une notoriété durable.

 

 

1. C'est toujours moi qui décide.

2. Je vous rappelle à ce sujet ce billet explicatif d'il y a quelques mois. Moins bien, reconnaissons-le humblement, que celui de maître Eolas que je cite un peu plus loin. Chacun ses compétences !

3. Numéros 1997-1998 des jeudis 23 et 30 décembre 2010.

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Manoillon 30/12/2010 19:44



"A moins de passer au salariat — et c'est bien entendu hors de question" : cette phrase m'interpelle (quelque part au niveau du vécu). Pourais-tu expliquer rapidement en
quoi le fait d'avoir des personnes salariées pour travailler sur Wikipédia est "hors de question" selon toi ?



Pierrot le Chroniqueur 30/12/2010 19:57



C'est très simple : le bénévolat me semble indissociable d'un wiki, et je n'imagine pas une Wikipédia réalisée avec des salariés et, possiblement, des gens qui font cela pour gagner du fric, et
pas pour le plaisir de partager leurs connaissances. Le salariat, j'en ai peur, tuerait le plaisir. Ce n'est, à mon sens, pas négociable !