Publié par Pierrot le Chroniqueur

Comme on a pu le voir, mon précédent billet a attiré quelques commentaires qui m'ont fait réagir à mon tour. Rien que de très banal et rien d'étonnant pour un (petit mais néanmoins sympathique) blog. Sauf qu'est réapparu cet "argument" surprenant de volonté du lecteur concernant l'élaboration de Wikipédia (le billet se voulant assez général, sur les projets Wikimedia).

 

Le Lecteur a toujours raison (surtout quand il pense comme moi ...)


La Volonté du Lecteur (ou plutôt, la volonté fantasmée du lecteur, que je raccourcis en fantasme du lecteur) est un des arguments les plus vides de sens que l'on peut se voir apporter ou opposer dans une discussion dans ou hors de Wikipédia (moins de Wikimedia). La raison en est toute simple :  bien qu'aucun contributeur régulier de Wikipédia (qui sont aussi des lecteurs, personne ne le conteste) ne puisse se prévaloir de savoir ce que pense le lecteur (ou contributeur irrégulier), ce personnage tout aussi nébuleux (et bien plus que les règles de Wikipédia) qu'omniscient (parce que lui connaît le But) intervient souvent dès qu'il est question de respect - ou non - des pfeuhs (entre autres).

Le Lecteur se prononce donc, par la bouche d'une de ses Pythies (ce qui rend aussi les augures sujets à caution), sur l'avenir du projet, surtout quand celui-ci est mis en jeu lors d'une page à supprimer sur un pokémon (ou assimilé). Et par un juste retour des choses, toute action doit se faire en veillant à Le satisfaire. Il en devient - on le comprendra assez vite - le Prétexte idéal et absolu.

Surtout quand on ne fait pas attention à certains faits.


Le Lecteur, cet insondable ...

 

Ce qui est toujours (pour moi) très étonnant lorsque je vois écrit ou que j'entends quelque part à propos des projets Wikimedia (ou plutôt de Wikipédia) que l'on agit en fonction d'un lectorat, qui se distinguerait de la communauté wikimédienne, c'est que l'on ne se pose pas quelques questions pourtant utiles. Ou plutôt que je juge utile (c'est tout à fait non-neutre, je le reconnais). En voici quelques-unes :

  • Qui est le Lecteur ? Ou plus prosaïquement, quelles sont les catégories socio-professionnelles qui constituent la majorité du lectorat ? Question liée : le profil type de l'internaute (s'il existe) correspond-il à ce profil du Lecteur ?
  • Si on parvenait à établir ce profil type (ou non), quels sont les renseignements concrets sur ses volontés concernant le futur du projet Wikipédia (entre autres) ?
  • Est-ce que ces volontés sont compatibles avec les buts des projets tels que décrits initialement ? Et doit-on adapter l'offre à la demande supposée ?
  • Qui peut se prévaloir de représenter le Lecteur (ou le définir comme objectif) ?

On l'aura deviné d'après le début de mon texte, mes réponses sont :

  • On ne sait pas. On peut vaguement deviner, mais c'est loin d'être sûr. Je ne pense pas.
  • On cherche encore.
  • On n'en sait rien. Pas vraiment.
  • Personne, bien sûr.

Lecteur, Ami Lecteur, Tu es bien nébuleux ... Et pourtant tu sembles tellement écouté, autant qu'un vol d'hirondelles pouvait être observé par un auspice.

Ce qui veut dire en gros, que bien que l'on ne comprenne rien à ce que le Lecteur ne dit pas (au final), on s'en sert volontiers. On en revient au Lecteur comme Prétexte.

 

Ou à une généralisation de ce que peut exprimer ponctuellement un lecteur (cela arrive, comme Jastrow me l'a rappelé dans un commentaire). Dans ce dernier cas, la réponse semble en premier abord plus complexe (que vais-je répondre à ce GL (Gentil Lecteur) pour qu'il soit content au final ?). Cependant, il suffit de revenir à l'objectif wikimédien (plutôt wikipédien, ici). Reprenons l'exemple livré par Jastrow, en la citant : "Le lecteur qui s'exprime sur les pages de discussion (ou dans les articles) demande des articles de type « les merveilleuses histoires de la mythologie grecque », c'est-à-dire un simple récit, linéaire et sans variantes. Ce qu'on leur fourgue ressemble beaucoup plus à la manière dont le sujet est traité chez les Anglo-Saxons, où c'est un véritable sujet d'étude universitaire." L'emphase est de mon fait, et j'approuve assez l'idée de fond (ce qu'on devrait donner), même si je suis assez mitigé sur son application (hors du champ spécifique de la mythologie grecque) dans la Wikipédia francophone, par exemple. Je pense qu'à ce niveau, on se situe dans le même genre d'antagonisme  (caricatural) que l'on peut trouver entre TF1 et Arte, par exemple. La première donne au téléspectateur lambda de l'occupation correspondant à ce que le téléspectateur veut, la seconde donne beaucoup plus de formation/savoir et de base à la réflexion, que le téléspectateur aura plus de difficulté à vouloir. Je doute que le GL, même s'il croit venir chercher du TF1 sur Wikipédia, doive ne pas trouver du Arte, pour faire une parabole. Si après, le contributeur fait en sorte de ramener le cadre et le contenu à TF1 sous prétexte que c'est plus regardé qu'Arte, il y a un problème.

Mais ce n'est pas comme si ça pouvait arriver. Ou non.


Le Lecteur veut, le Lecteur ne veut pas ...

 

Tout compte fait, "ce que le Lecteur veut" n'est pas important car impossible à cerner réellement, ou s'éloigne de ce que doit proposer le site consulté. Et il est bien commode pour essayer de faire passer ses propres conceptions au lieu de les assumer pleinement. On se situe à ce point dans la même démarche qui consiste à se prévaloir de l'aval communautaire pour une action éditoriale (mais pas que). Cette dernière façon de faire restreint l'appui virtuel à un ensemble plus "concret" de personnes (bon point) mais - contrairement à une croyance ancrée - les projets Wikimedia ne sont pas des réseaux sociaux (mauvais point).

 

Evidemment, on me rétorquera que ce que j'essaie d'expliquer se situe dans le cadre d'une autre démarche : celle de définir ce qui est bon pour le Lecteur, sans doute tout aussi criticable. Il est pourtant évident que c'est bien l'objectif de tout site sur la toile (et de toute publication), y compris ce blog : à partir d'un cadre fixé donnant implicitement ou explicitement des limites à ne pas dépasser, on fait en sorte de rester dans une ligne éditoriale définie. Le Lecteur peut aimer ou ne pas aimer. Mais on aura donner ce pour quoi il est a priori venu sur le site, ce qui est l'essentiel.

 

Après tout, on ne s'inscrit pas à la Mazarine pour consulter la collection des Pif-Gadget parus entre 1978 et 1981. Enfin j'espère.

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Jastrow 27/05/2010 23:42



Ploum.



Pierrot le Chroniqueur 28/05/2010 11:13



Lu avec intérêt (et relayé sur twitter).