Publié par Pierrot le Chroniqueur

img021Il suffisait que je me remette un peu à faire du sérieux quand, patatra, le bistro de Wikipédia me fournit encore une occasion de rire. Et m'offre l'occasion de m'attarder encore sur une histoire ordinaire de l'opposition entre inclusionnisme et suppressionisme (si vous ne savez toujours pas ce que c'est, j'ai toujours ma page de vocabulaire wikipédien).

 

L'épouvante

 

Or donc, en ces temps où l'on se mêle de construire une encyclopédie, vient sur le tapis une petite histoire triste (selon les mots de l'initiateur de la section) concernant un groupe musical britannique ayant eu brièvement son article sur Wikipédia avant que celui-ci ne disparaisse dans les abîmes des suppressions intempestives (je ne suis pas loin, à ce moment, de me dire qu'il faudrait passer par les armes tous les suppressionistes), surtout comme tout le monde le sait, ce groupe a commis onze albums. Evidemment, le créateur de ladite page supprimée s'est évanoui ensuite dans la nature. L'horreur à son niveau le plus extrême, et le début de la fin de Wikipédia, comme le soulignent fort justement d'autres personnes, "Et après on s'étonne ou on se plaint de la baisse du nombre de contributeurs". Et pire encore : "l'article a été supprimé parce que l'article ne contenait pas explicitement la réponse à la question « Est-ce admissible ? ».", "Je constate souvent que des ébauches de type « La pomme est un fruit », portant sur des sujets tout à fait admissibles, sont blanchies sans autre forme de procès par des « patrouilleurs »" :  et caetera.

 

La chasse

 

Pour ceux qui n'auraient compris l'ironie du paragraphe précédent, je vais développer un peu la chose, et rappeler quelques évidences (et laisser s'exprimer mon côté criminalo-suppressioniste) qui devraient pourtant avoir été prises en compte par les personnes s'étant prononcées :

  1. "Fondez vos informations sur des sources vérifiables : citez vos sources (aide)." Ce message est indiqué sous les fenêtres de modification ou de création des articles. "Donc non seulement le nouveau doit connaître les sacro-saints critères et, en plus, il doit mettre immédiatement dans l'article tous les éléments qui prouvent que les critères sont respectés", effectivement.
  2. "on a sacralisé et rendu presque inviolables des règles et des critères qui au départ n'étaient que des guides de discussion destinés à fluidifier les contributions et les débats" : fluidifier les débats ne veut pas dire contourner les principes fondateurs. Mais cela sort presque du sujet.
  3. "Peut-être que quand on ne sera plus que douze à contribuer on assouplira un peu notre comportement collectif de gardiens du temple" : jusqu'à preuve du contraire, il n'a jamais été prouvé qu'une vigilance sur la présence ou non d'une page contribue au départ d'un contributeur de qualité.
  4. "Il faudrait se mettre dans la tête qu'il reste encore une masse formidable de contenu à ajouter à Wikipédia (même en terme de nombre d'articles, à vue de nez je dirais que 0,1 à 1 % des sujets admissibles ont été traités...)" ah bon ? D'où sortent ces chiffres à vue de nez ?
  5. "Le problème c'est qu'un patrouilleur qui tire dans le tas sans réfléchir, ça cause un dommage au projet qu'il extrêmement dur de réparer" ah bon ? Et revenir en arrière dans un historique, c'est si dur que ça ? Il me semble que non, justement.
  6. "la ressource la plus rare, la plus utile, la plus chère ce sont les nouveaux contributeurs". Non. Ce sont les bons contributeurs. Ceux qui permettent un apport de contenu admissible, sourcé, et écrit dans un français correct. Les nouveaux peuvent en faire partie, mais ce n'est pas automatique.
  7. "Il vaut mieux supprimer mille articles innocents que de laisser vivre un article coupable" Oui, et Jimbo reconnaitra les siens (ça vaut aussi pour les blocages).
  8. Et caetera.

Il ne manquait plus qu'un rappel que les contributeurs anonymes (ou IP) sont l'essentiel de Wikipédia (ah si, pardon, c'est presque fait, puisque ce sont des "potentiels"), et la coupe était pleine.

 

La terreur revient

 

Et par là où on s'y attendait pas. Des administrateurs anglophones ont décidé apparemment d'appliquer ce qui est indiqué plus haut dans la liste en supprimant immédiatement tout article ne faisant pas preuve de son admissibilité (le cas cité est en plus admissible). Ce qui serait monté en scandale rapidement sur la version francophone, cf. plus haut. Et en plus, au sein de la version francophone, les patrouilleurs viennent de se doter de leur propre page pour coordonner leurs efforts et mettre en commun leurs informations.

 

Ma question est donc la suivante, et elle revient lancinante, à chaque fois que je peux (malheureusement) lire que contrarier un nouveau et/ou supprimer une page sur Wikipedia est un pas de plus vers la mort annoncée du machin : et si on privilégiait la qualité et une certaine rigueur au lieu de la foire à la création ? Question subsidiaire : un nombre très important de personnes n'apportant rien (y compris chez les "contributeurs établis") est-il plus utile qu'un nombre plus restreint de contributeurs sérieux ?

 

Tout ça pour dire que le genre d'interventions que je pointe du doigt (et surtout les vérités assénées sans aucun fondement) ici ont tendance à me rendre grognon pour la journée.

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Gustave G. 06/03/2011 11:31



Votre évocation de la wikipédia anglophone me permet de rappeler que nos fameux principes fondateurs dont quelques-uns se gargarisent n’ont pas été seulement écrits en anglais à l’origine, ils
ont été aussi pensés en anglais, c’est-à-dire avec un solide bon sens qui manque trop souvent chez nous. Comparez l’article anglophone « Be bold » où le conseil est équilibré par un «
...but please be careful », marqué en gras, avec le nôtre qui semble dire, en plaçant quelques
réserves de façade tout au bout : « Allez-y, cassez tout, vous avez tous les droits ; ici vous êtes sur l’île aux plaisirs de Pinocchio où nous sommes nous-mêmes en fin de séjour,
hi han ! Tiens, qu’est-ce que je raconte ? » On ne m’en a pas moins reproché, au cours du procès qui m’a pratiquement mis à la porte, d’avoir dit à une wikipédienne qu’elle n’avait
pas à intervenir brutalement et sans discussion préalable sur une question dont elle reconnaissait elle-même ne rien savoir. Puis-je préciser que, pour chacune de mes traductions, j’ai au
contraire chaque fois demandé si une personne compétente voulait bien revoir mes erreurs, en ajoutant que je la laissais libre d’apporter toutes les modifications nécessaires ?


Pour en revenir à ce mauvais procès, on a prétendu que j’aurais fait fuir tout un lot d’I.P. derrière lesquelles se cachaient d’excellents contributeurs en puissance ; grâce à vous, je
constate qu’un tel argument n’aurait pas convaincu un jury d’anglophones. Seulement, si l’on n’avait conservé que les plaintes effectives, sans faire parler les absents comme en Corse on fait
voter les morts, il ne serait peut-être pas resté grand-chose à m’opposer.


En revanche je pense qu’il y aurait encore un grand nombre d’articles à traduire à partir des wikipédias
allophones. Ğabdulla Tuqay est, paraît-il, le fondateur de la littérature tatare moderne ; Google ne
donne sur lui dans notre langue que l’article de Wikipédia ; je ne me repens donc pas de l’avoir créé. Notre encyclopédie reste, je tiens à l’affirmer, un formidable instrument de travail
dont je me sers tous les jours, mais je la consulte et ne l’enrichit plus.


Merci, au cas où vous publieriez.


 



Pierrot le Chroniqueur 07/03/2011 10:34



Effectivement, les fameux principes fondateurs ont, comme vous le soulignez été écrits en anglais. Ce qui n'implique pas pour moi qu'ils soient plus en accord avec le bon sens des autres, mais
qu'il existe certaines nuances qui ne sont pas saisies par une partie des francophones.


Vous soulignez le be bold et ses conséquences ... Je crois que c'est effectivement le meilleur exemple (il faudra que je revienne encore sur la chose). Mais il y en a d'autres : le
ne mordez pas les nouveaux en est un. Pour ne pas (presque) citer un contributeur de ma connaissance : "Ce sont les recommandations les plus intéressantes pour emmerder quelqu'un qui
vous dérange" (on se reportera au fractionnement clanique que j'évoquais il y a peu).


L'idée des contributeurs anonymes comme excellents contributeurs potentiels occulte toujours un adjectif important de cette qualification : potentiels. Pour ma part,
ce
gimmick me lasse également, tant il se base sur une idée bizarre : celle que tout le monde peut vraiment devenir un excellent contributeur.


Les bizarreries et péripéties wikipédiennes sont nombreuses. Le problème n'est pas tant qu'elles existent, mais qu'elles soient persistantes, voire niées, même et surtout quand on les souligne
(mon billet sur les clans a entrainé des démentis, bien que mes affirmations soient confirmées encore ces derniers jours).


La question qui se posera toujours, à mon sens, est : qu'est-ce qu'on veut réellement faire de Wikipédia ? La réponse officielle sera la même. La réalité montrera une division claire entre les
apports réels des participants.



Égoïté 04/03/2011 00:43



C’est bien connu sur WP et ailleurs, Pierrot : quand on devient grognon faut peut-être penser à un mini-break... Quant au jeu des hypothèses, il revient à tirer à pile ou face la bouteille à
moitié vide ou à moitié pleine. Donc : Si je n’avais pas été guidée par de merveilleux parrains et si j’avais rencontré à leur place certains contributeurs, je n’aurais pas fait long feu sur
WP.  Je ne pense pas qu’on aurait eu le temps de me virer : j’aurais foutu le camp à toute vitesse par mesure de sécurité personnelle ! Et j’attends toujours qu’on me dise que je ne suis pas
une contributrice sérieuse. Désolée, mais je comprends parfaitement certains commentaires du bistro d’aujourd’hui. Bon, mouvement d’humeur mis à part, réponse à ta question et particulièrement à
ce conseil-affirmation : « si vous souhaitez amorcer un article, et que vous savez ne pas pouvoir aller très loin, posez vous la question de l'utilité réelle de le faire. ».  Je n’irai pas
jusqu’à dire : n’importequoi !, mais presque car l’utilité de le faire, qu’on y pense ou non, est d’ouvrir une porte à d’autres contributeurs qui n’auraient peut-être pas pensé à ce sujet
d’article (ex. http://fr.wikipedia.org/w/index.php?title=G%C3%A9osite&curid=4856016&action=history - désolée je ne sais comment faire un lien sur un blog et n’ai aucune envie de chercher
à cette heure-ci qui est pour moi, celle d’un coucher déjà dépassé).  Quant à la question subsidiaire : un nombre très important de personnes n'apportant rien (y compris chez les
"contributeurs établis") est-il plus utile qu'un nombre plus restreint de contributeurs sérieux ? si tu étais, comme moi, dans un cadre de travail bénévole, tu saurais par expérience que, pour
chacun, le bénévolat n’a qu’un temps, que les obligations, bonheurs ou malheurs de la vie réelle le limitent inéluctablement. Et que par conséquent il pourrait (en italique car conditionnel) être
plus utile d’avoir un nombre important de personnes n’apportant rien qu’un nombre limité de contributeurs sérieux qui va inévitabelemnt diminuer.  Dans ceux qui semblent inutiles, par
expérience encore, j’affirme qu’il arrive qu’il s’en révèle de très utiles - avec le temps.  Bien à toi, Égoïté - PS sorry j’étais sur une de tes autres pages quand j’ai posté pour la
première fois.  Tu peux effacer sans problème.



Pierrot le Chroniqueur 04/03/2011 08:40



Je ne vois pas pourquoi devenir grognon devrait faire penser à un mini-break. Et pourquoi pas imposer ça aux gens qui rendent grognons, hein ?


Aaaaaaaah, les hypothèses ... Je suis d'accord avec toi, dans un sens : les premières rencontres sont souvent décisives. Je me souviens bien des miennes, et ai une pensée émue pour mon premier
contact (une personne très bien). Il est certain, par exemple, que si j'avais pu lire certaines des choses que j'ai lues pour ce billet, j'aurais été voir ailleurs. Et je n'aurais pas ouvert ce
blog.


La suite concerne l'autre billet, mais
je réponds quand même ici (pour plus de facilité). Non, je maintiens. Créer des ébauches sans se préoccuper de la suite est tout simplement percer un autre trou dans le tonneau des Danaïdes. Tu
parles d'ouverture de porte, c'est voir le verre à moitié plein. Dans les faits, je n'en suis pas persuadé.


Suite : je connais le milieu du bénévolat (je ne suis pas scotché sur Wikipédia, et j'ai une vraie vie), et c'est aussi ce qui m'a conduit à faire ce constat. Le bénévolat n'est d'ailleurs pas
différent de toute activité "collaborative", avec ses rouages "muets" efficaces, ses rouages moins "muets" mais efficaces quand même, les moins "muets" qui ne le sont pas, efficaces, et les muets
qui ne le sont pas non plus. Ces catégories dépendent parfois du temps qui passe, mais souvent dans le sens de la dégradation (c'est toujours plus facile de ne rien faire que de faire). La
question reste donc à mon avis entière, et pertinente (je suis partial sur ce point ).



Meo 03/03/2011 22:52



Le plus rigolo c'est qu'au final, l'histoire se dégonfle complètement, car Alchemica s'est rendu compte qu'il s'est passé 3 semaines entre la création et la suppression.


Mais j'ai été ému jusqu'aux larmes par quelques interventions dans cette section.



Pierrot le Chroniqueur 04/03/2011 08:19



J'ai vu ça, oui.